Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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13.3. Les formes de crédit. Les banques et leurs opérations.

Le crédit capitaliste est la forme du mouvement du capital de prêt. Au moyen du crédit, le capital-argent momentanément disponible se transforme en capital de prêt. En régime capitaliste, il existe deux formes de crédit : le crédit commercial et le crédit bancaire.

Le crédit commercial est celui que s’accordent les uns aux autres dans la réalisation des marchandises les capitalistes exploitants (industriels et commerçants). L’industriel, soucieux d’accélérer la rotation de son capital converti en marchandise, livre sa marchandise à crédit à un autre industriel ou à un grossiste qui, à son tour, vend la marchandise à crédit à un détaillant. Le crédit commercial est utilisé par les capitalistes dans la vente et l’achat des matières premières, du combustible, de l’outillage, des machines, ainsi que des objets de consommation. Généralement le crédit commercial est à court terme : il est consenti pour un délai maximum de quelques mois. L’instrument du crédit commercial est la lettre de change. La lettre de change ou traite est une créance par laquelle le débiteur s’engage à rembourser, à une date fixée, l’argent dû pour une marchandise achetée. À l’échéance, l’acheteur qui a accepté la traite doit l’acquitter en argent comptant. Le crédit commercial est ainsi lié à une transaction marchande. Il constitue donc la base du système capitaliste de crédit.

On appelle crédit bancaire celui que les capitalistes possesseurs d’argent (les banquiers) consentent aux capitalistes exploitants. Le crédit bancaire, contrairement au crédit commercial, est consenti non pas aux dépens du capital engagé dans la production ou dans la circulation, mais aux dépens du capital-argent oisif, et aussi du capital momentanément disponible, en quête d’un emploi. Le crédit bancaire est réalisé par les banques. La banque est un établissement capitaliste qui fait le commerce du capital-argent et sert d’intermédiaire entre prêteurs et emprunteurs. La banque, d’une part, recueille les capitaux et les revenus disponibles, inactifs ; d’autre part, elle met le capital-argent à la disposition des capitalistes exploitants : industriels et commerçants.

L’immense majorité des capitaux dont dispose une banque est la propriété d’autrui et est remboursable. Mais à un même moment, seule une partie relativement insignifiante de déposants formule une demande de retrait de leurs dépôts. Dans la plupart des cas, les retraits sont équilibrés et plus que compensés par un afflux de nouveaux dépôts. La situation change radicalement dans les périodes de perturbations, telles qu’une crise ou une guerre. Alors les déposants demandent en même temps la restitution de leurs dépôts. Mais en temps normal, la banque peut ne garder en caisse que des sommes relativement peu importantes pour faire face aux retraits. Quant à la plus grande partie du montant des dépôts, la banque les prête.

Les opérations de banque peuvent être passives et actives.

Les opérations passives sont celles par lesquelles la banque attire les fonds dans ses caisses. La principale de ces opérations est la réception des dépôts. Ces derniers sont acceptés à des conditions différentes : les uns pour un délai déterminé ; d’autres sans échéance déterminée. Les dépôts à vue doivent être remboursés par la banque sur simple demande, tandis que les dépôts à échéance ne sont remboursables qu’à la date convenue. Ainsi les dépôts à échéance sont plus avantageux pour la banque.

Les opérations actives sont celles par lesquelles la banque place et utilise les ressources dont elle dispose. Il s’agit avant tout de l’octroi de prêts en argent. Une de ces opérations est l’escompte des effets de commerce. L’industriel qui a vendu sa marchandise à crédit remet la traite qu’il a reçue de l’acheteur à la banque qui rembourse immédiatement à l’industriel le montant de la traite, déduction faite d’un intérêt déterminé. À l’échéance, l’acheteur, sur qui la traite a été tirée, rembourse non plus l’industriel, mais la banque. Au cours de cette opération, le crédit commercial s’enchevêtre avec le crédit bancaire. Les opérations actives de la banque comprennent aussi des prêts gagés sur marchandises, valeurs, connaissement. Enfin la banque opère directement des investissements de fonds dans telles ou telles entreprises, sous forme de crédit à long terme.

Ainsi, le banquier fait le commerce du capital-argent. Au titre des opérations passives, la banque paie des intérêts; au titre des opérations actives, elle touche des intérêts. La banque emprunte à des taux d’intérêt plus bas que ceux auxquels elle prête. La source du profit de la banque est la plus-value, créée dans la production. Le profit de la banque se forme grâce à la différence entre l’intérêt qu’elle prélève pour ses prêts, et l’intérêt qu’elle paie aux déposants. C’est avec cette différence que la banque couvre les dépenses nécessitées par ses opérations ; ces dépenses sont des frais de circulation proprement dits. La somme restante forme le profit de la banque. Le mécanisme de la concurrence capitaliste ramène spontanément le niveau de ce profit au taux moyen du profit sur le capital de la banque. Le travail des salariés employés à la banque, tout comme celui des employés de commerce dans la réalisation des marchandises, ne crée ni valeur ni plus-value ; mais il permet au banquier de s’approprier une partie de la plus-value créée dans la production. Les employés des banques sont donc exploités par les banquiers.

Les banques jouent le rôle de centres de règlements. Toute entreprise, qui met de l’argent en dépôt ou reçoit un prêt, se fait ouvrir un compte courant à la banque qui délivre des fonds de ce compte sur présentation d’une demande spéciale appelée chèque. Par conséquent, la banque remplit les fonctions de caissier pour un grand nombre d’entreprises. Cela permet de développer largement le système des virements de comptes. Le capitaliste A, ayant vendu sa marchandise au capitaliste B, reçoit de lui un chèque sur une banque où l’un et l’autre ont des comptes courants. La banque opère le règlement, en transférant le montant du chèque du compte courant de B au compte courant de A. Les entreprises ont des comptes courants dans différentes banques.

Dans les plus grandes villes, les banques créent des centres de règlements spéciaux, où les chèques provenant de nombreuses banques se compensent réciproquement. L’usage des chèques et des lettres de change réduit les besoins d’argent liquide.

Il existe en régime capitaliste trois grandes sortes de banques : commerciales, hypothécaires et d’émission. Les banques commerciales créditent les industriels et les commerçants surtout en consentant des prêts à court terme ; l’escompte des traites joue là un rôle important. Ce crédit est prélevé principalement sur les dépôts.

Les banques hypothécaires accordent des prêts à long terme gagés sur biens immobiliers (terres, maisons, constructions). La création et l’activité des banques hypothécaires sont étroitement liées au progrès du capitalisme dans l’agriculture, à l’exploitation des paysans par les banquiers. Cette catégorie de banques comprend aussi les banques agricoles qui prêtent à long terme aux fins de production.

Les banques d’émission ont le droit d’émettre des billets de banque. Un rôle particulier appartient aux banques centrales d’émission. C’est là que sont concentrées les réserves d’or du pays. Elles jouissent du monopole d’émission des billets de banque. Les banques centrales ne font généralement pas d’opérations avec des industriels ou des commerçants ; elles consentent des prêts aux banques commerciales qui traitent à leur tour avec les entrepreneurs. Les banques centrales d’émission sont donc les banques des banques.

En concentrant les opérations de prêt et de remboursement, les banques contribuent à accélérer la rotation des capitaux et à réduire les frais de circulation monétaire. En même temps, l’activité des banques favorise la centralisation du capital, l’élimination des petits et moyens capitalistes, le renforcement de l’exploitation des ouvriers, la spoliation des petits producteurs indépendants et des artisans. Les prêts sur hypothèque ruinent les paysans, car le paiement des intérêts, qui absorbe la majeure partie de leur revenu, ruine leur exploitation. L’amortissement de la dette se fait souvent par la mise en vente des biens et de la terre des paysans tombés sous la dépendance des banques.

Les banques, en concentrant tous les fonds liquides de la société et en jouant le rôle d’intermédiaires pour le crédit, constituent une sorte d’appareil de distribution spontanée des ressources entre les branches de l’économie. Cette distribution se fait non point dans l’intérêt de la société ni conformément à ses besoins, mais au profit des capitalistes. Le crédit concourt à élargir la production, mais cet élargissement se heurte sans cesse au cadre étroit de la demande solvable. Le crédit et les banques accentuent la socialisation du travail, mais le caractère social de la production entre en conflit de plus en plus aigu avec la forme privée de l’appropriation capitaliste. Ainsi, le développement du crédit aggrave les contradictions du mode de production capitaliste et en accentue l’anarchie.

Date: 2010-2014