Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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13.4. Les sociétés par actions. Le capital fictif.

Dans les pays capitalistes modernes, l’immense majorité des grandes entreprises se présente sous la forme de sociétés par actions. Celles-ci sont nées au début du 17e siècle, mais elles n’ont pris de l’extension que depuis la seconde moitié du 19e siècle.

La société par actions est une forme d’entreprise dont le capital est constitué par les versements effectués par ses participants, qui possèdent un certain nombre d’actions, proportionnel au montant des sommes investies par chacun d’eux. L’action est un titre qui donne le droit de toucher une partie du revenu de l’entreprise, proportionnellement à la somme qu’elle représente.

Le revenu que le possesseur d’actions en retire s’appelle dividende. Les actions se vendent et s’achètent à un prix déterminé qui en est le cours.

Le capitaliste, qui achète des actions, pourrait placer son capital à la banque et toucher, par exemple, un intérêt de 5 %. Mais ce revenu ne le satisfait point et il préfère acheter des actions. Il est vrai que la chose comporte un risque, mais en revanche elle lui fait entrevoir un revenu plus élevé. Supposons qu’un capital social de dix millions de dollars soit partagé en 20 000 actions de 500 dollars chacune, et que l’entreprise ait rapporté un million de dollars de bénéfices. La société par actions décide de prélever sur cette somme 250 000 dollars de capital de réserve et de répartir les 750 000 dollars restants à titre de dividende entre les actionnaires. Chaque action rapportera alors à son possesseur un revenu, sous forme de dividende, de 37,5 dollars (750 000 dollars divisés par 20 000 actions), soit 7,5 % d’intérêt.

Les actionnaires s’efforcent de vendre les actions pour une somme qui, déposée en banque, leur rapporterait à titre d’intérêt le même revenu qu’ils reçoivent sous forme de dividende. Si une action de 500 dollars a rapporté 37,5 dollars de dividende, les actionnaires s’efforceront de la vendre 750 dollars, car en déposant cette somme dans une banque, qui paie 5 % d’intérêt pour les dépôts, on peut retirer les mêmes 37,5 dollars sous forme d’intérêt. Mais les acheteurs d’actions, en raison des risques qu’ils courent en investissant un capital dans la société par actions, cherchent à acquérir les actions pour une somme inférieure. Le cours des actions dépend du taux du dividende et du niveau de l’intérêt du capital de prêt. Le cours des actions s’élève lorsque s’élève le dividende ou que le taux d’intérêt tombe ; inversement, il décroît avec la diminution du dividende ou avec l’augmentation du taux d’intérêt.

La différence entre la somme des prix des actions émises à la fondation de l’entreprise par actions, et la grandeur du capital réellement investi dans cette entreprise, forme le profit de constitution, une des sources importantes de l’enrichissement des gros capitalistes.

Si le capital investi antérieurement dans l’entreprise est de 10 millions de dollars, et si la somme des prix des actions émises était de 15 millions de dollars, le profit de constitution se montera alors à 5 millions de dollars.

À la suite de la transformation de l’entreprise individuelle en société par actions, le capital acquiert pour ainsi dire une existence double. Le capital effectif de 10 millions de dollars, investi dans l’entreprise, existe sous la forme de bâtiments d’usine, de machines, de matières premières, d’entrepôts, de produits finis, sous la forme, enfin, de certaines sommes d’argent dans la caisse de l’entreprise ou à un compte courant dans une banque. Mais à côté de ce capital réel, lors de l’organisation de la société par actions, apparaissent des titres, des actions d’un montant de 15 millions de dollars. L’action n’est que le reflet du capital réellement existant de l’entreprise. Mais, les actions ont désormais une existence indépendante de l’entreprise ; on les achète et on les vend ; les banques accordent des prêts sur les actions, etc.

Théoriquement, l’organisme suprême de la société par actions est l’assemblée générale des actionnaires, qui élit un conseil d’administration, nomme les directeurs, entend et approuve le compte rendu d’activité de l’entreprise, règle les questions essentielles du fonctionnement de la société. Cependant le nombre des voix à l’assemblée générale est fonction du nombre des actions représentées par leurs propriétaires. Aussi la société se trouve-t-elle en fait entièrement entre les mains d’une poignée de grands actionnaires. Comme un certain nombre d’actions se trouve réparti entre de petits et moyens possesseurs, qui n’ont pas la possibilité d’exercer une influence sur la marche des affaires, les plus gros capitalistes n’ont pratiquement même pas besoin de détenir la moitié des actions pour être les maîtres de la société. La quantité d’actions qui donne la possibilité de dominer complètement la société par actions porte le nom de participation de contrôle.

Ainsi, la société par actions est une des formes sous lesquelles le grand capital met la main sur les ressources des petits et moyens capitalistes et les utilise dans son intérêt. L’expansion des sociétés par actions contribue puissamment à centraliser le capital et à concentrer la production.

Le capital sous forme de titres rapportant un revenu à leurs possesseurs est appelé capital fictif ; il consiste en actions et obligations. L’obligation est une créance délivrée par les entreprises ou l’État et qui rapporte à son détenteur un intérêt annuel fixe.

Les titres (actions, obligations, etc.) s’achètent et se vendent dans les Bourses de valeurs. Ce sont des marchés de titres. La Bourse enregistre le cours auquel les titres se vendent et s’achètent ; d’après ce cours s’effectuent aussi les transactions sur les titres en dehors de la Bourse (par exemple, dans les banques). Le cours des titres dépend du taux de l’intérêt et du plafond du revenu qu’on en escompte. C’est à la Bourse qu’a lieu la spéculation sur les titres, Comme tous les avantages, en matière de spéculation, sont du côté des gros et très gros capitalistes, la spéculation en Bourse contribue à la centralisation des capitaux, à l’enrichissement des gros capitalistes et à la ruine des moyens et des petits possédants.

Le développement du crédit, et surtout des sociétés par actions, transforme de plus en plus le capitaliste en un percepteur d’intérêts et de dividendes, tandis que la production est dirigée par des personnes salariées : administrateurs, directeurs. Ainsi s’accentue de plus en plus le caractère parasite de la propriété capitaliste.

Date: 2010-2014