Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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17.2. Le caractère cyclique de la reproduction capitaliste.

Les crises capitalistes de surproduction se renouvellent à des intervalles déterminés, tous les huit à douze ans. L’inéluctabilité des crises est déterminée par les lois économiques générales du mode capitaliste de production qui agissent dans tous les pays qui suivent la voie capitaliste de développement. Cependant le cours de chaque crise, les formes de ses manifestations et ses particularités dépendent aussi des conditions concrètes du développement de chaque pays.

Des crises partielles de surproduction, qui frappaient telles ou telles branches de l’industrie, se sont produites en Angleterre dès la fin du 18e siècle et au début du 19e. La première crise industrielle, qui ait frappé toute l’économie d’un pays, a éclaté en Angleterre en 1825. En 1836, une crise commence en Angleterre et gagne ensuite les États-Unis. La crise de 1847-1848, en Angleterre, dans plusieurs pays du continent européen et aux États-Unis, a été au fond la première crise mondiale. La crise de 1857 frappe les principaux pays d’Europe et d’Amérique. Viennent ensuite les crises de 1866, 1873, 1882 et 1890. La plus aiguë de ces crises a été celle de 1873 qui a marqué le début du passage du capitalisme prémonopoliste au capitalisme monopoliste. Au 20e siècle, des crises eurent lieu en 1900-1903 (cette crise a commencé en Russie, où son effet a été beaucoup plus violent que dans n’importe quel autre pays), en 1907, 1920-1921, 1929-1933, 1937-1938, 1948-1949 (aux États-Unis).

La période comprise entre le début d’une crise et celui d’une autre s’appelle cycle. Le cycle comporte quatre phases : la crise, la dépression, la reprise d’activité et l’essor. La phase principale du cycle est la crise qui constitue le point de départ d’un nouveau cycle.

La crise est la phase d’un cycle dans laquelle la contradiction entre l’accroissement des possibilités de production et la réduction relative de la demande solvable se manifeste sous une forme violente et destructrice. Cette phase est caractérisée par la surproduction des marchandises qui ne trouvent pas de débouché, par un brusque effondrement des prix, la pénurie des moyens de paiement et un krach boursier générateur de banqueroutes nombreuses, par une réduction brutale de la production, l’augmentation du chômage, la baisse des salaires. La dépréciation des marchandises, le chômage, la destruction directe des machines, de l’outillage et d’entreprises entières, tout cela marque une destruction énorme des forces productives de la société. C’est en ruinant et faisant périr une multitude d’entreprises, c’est en détruisant une partie des forces productives crue la crise adapte brutalement, et cela pour un très bref délai, la production à la demande solvable.

Les crises ne sont jamais que des solutions momentanées, violentes des contradictions existantes, des éruptions violentes qui rétablissent pour un moment l’équilibre troublé.

K. Marx, Le Capital, livre 3, chap. 15.

La dépression est la phase qui suit immédiatement la crise. Elle se caractérise par le fait que la production industrielle est à l’état de stagnation, les prix des marchandises sont bas, le commerce est languissant, il y a pléthore de capitaux disponibles. En période de dépression se créent les conditions d’une reprise d’activité et d’un essor ultérieurs. Les réserves accumulées de marchandises sont partiellement détruites, partiellement vendues à vil prix. Les capitalistes s’efforcent de trouver une issue à l’état de stagnation de la production en réduisant les frais de production. Ils cherchent à atteindre ce but, premièrement, en augmentant systématiquement l’exploitation des ouvriers, en réduisant les salaires et en intensifiant le travail ; deuxièmement, en rééquipant les entreprises, en renouvelant le capital fixe, en introduisant des perfectionnements techniques qui ont pour but de rendre la production bénéficiaire avec les bas prix qui se sont établis à la suite de la crise. Le renouvellement du capital fixe donne une impulsion à l’accroissement de la production dans une série de branches d’industrie. Les entreprises qui fabriquent l’outillage reçoivent des commandes et font appel, à leur tour, à toutes sortes de matières premières et de matériaux. C’est là l’issue de la crise et de la dépression et le passage à la reprise d’activité.

La reprise d’activité est la phase du cycle pendant laquelle les entreprises se remettent des perturbations subies et procèdent à l’élargissement de la production. Peu à peu le niveau de la production atteint les proportions précédentes, les prix augmentent, les bénéfices de même. La reprise d’activité aboutit à l’essor.

L’essor est la phase du cycle pendant laquelle la production dépasse le point supérieur atteint dans le cycle précédent, à la veille de la crise. Pendant la période d’essor on construit de nouvelles entreprises industrielles, des voies ferrées, etc. Les prix augmentent, les commerçants s’efforcent d’acheter le plus de marchandises possible, escomptant une hausse ultérieure des prix et poussant par là les industriels à élargir encore davantage la production. Les banques consentent volontiers des prêts aux industriels et aux commerçants. Tout cela permet d’élargir le volume de la production et du commerce bien au-delà de la demande solvable. C’est ainsi que se créent les conditions d’une nouvelle crise de surproduction.

À la veille de la crise, la production atteint son niveau le plus haut, mais les possibilités d’écoulement paraissent encore plus grandes. La surproduction existe déjà, mais sous forme latente. La spéculation fait monter les prix en flèche et gonfle démesurément la demande des marchandises. Les excédents de marchandises s’accumulent. Le crédit cache encore davantage la surproduction : les banques continuent à accorder des crédits à l’industrie et au commerce, soutenant ainsi artificiellement l’extension de la production. Quand la surproduction atteint son point culminant, la crise éclate. Ensuite le cycle entier se renouvelle.

Chaque crise donne une impulsion à un renouvellement massif du capital fixe. Soucieux de rétablir la rentabilité de leurs entreprises dans le cadre d’une réduction brutale des prix, les capitalistes, tout en accentuant l’exploitation des ouvriers, introduisent de nouvelles machines, de nouvelles méthodes de production. Grâce au renforcement de l’exploitation de la classe ouvrière, à la ruine des petits producteurs, à l’absorption de nombreuses entreprises concurrentes, les gros capitalistes effectuent de nouveaux investissements de capitaux. Ainsi l’issue de la crise est assurée par les forces internes du mode capitaliste de production. Mais avec la reprise d’activité et l’essor s’accumulent de nouveau inévitablement les violations des conditions de la reproduction, les disproportions, les contradictions entre l’accroissement de la production et les cadres étroits de la demande solvable. En conséquence, après un délai plus ou moins long, inévitablement, commence une nouvelle crise de surproduction.

Sans doute les périodes d’investissement du capital sont fort différentes, mais la crise sert toujours de point de départ à un puissant investissement ; elle fournit donc plus ou moins — au point de vue de la société prise dans son ensemble — une nouvelle base matérielle pour le prochain cycle de rotation.

K. Marx, Le Capital, livre 2, t. 1, p. 171.

Dans les branches-clés de l’industrie, la durée des principaux moyens de production, compte tenu de l’usure non seulement physique mais aussi morale, est en moyenne de dix ans environ. La nécessité du renouvellement périodique massif du capital fixe détermine la base matérielle de la périodicité des crises, qui se répètent avec régularité tout au long de l’histoire du capitalisme.

Chaque crise prépare le terrain pour des crises nouvelles, encore plus profondes, ce qui fait qu’avec le développement du capitalisme leur force destructrice et leur acuité augmentent.

Date: 2010-2014