Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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20.2. L’impérialisme, capitalisme parasite ou pourrissant.

L’impérialisme est le capitalisme parasite ou pourrissant. La tendance à la stagnation et au pourrissement est le résultat inévitable de la domination des monopoles qui veulent obtenir le profit maximum. Les monopoles, qui peuvent imposer les prix sur le marché et les maintenir artificiellement à un niveau élevé, n’ont pas toujours intérêt aux innovations techniques et entravent souvent le progrès technique ; durant des années, ils gardent sous le boisseau des découvertes scientifiques et des inventions techniques très importantes.

Ainsi la tendance à la stagnation et au pourrissement est inhérente aux monopoles et cette tendance dans certaines conditions prend le dessus. Cela n’a cependant pas empêché le progrès relativement rapide de la production et du développement de la technique dans certaines branches de l’économie bourgeoise, dans certains pays capitalistes. Mais ce développement s’est effectué d’une façon très inégale, retardant de plus en plus sur les immenses possibilités qu’ouvraient la science et la technique modernes.

La technique moderne hautement développée propose des tâches immenses, dont l’accomplissement se heurte à des obstacles qui découlent des rapports de production capitalistes. Les pays capitalistes ne peuvent pas, par exemple, utiliser entièrement leurs ressources hydro-énergétiques à cause des obstacles dressés par la propriété privée de la terre et la domination des monopoles. Le monopole de la propriété privée de la terre, la surpopulation agraire dans les campagnes, la prépondérance des petites exploitations paysannes freinent l’application des résultats de la science et de la technique modernes dans la production agricole, ce qui pourtant n’exclut pas le progrès technique dans une série de grandes entreprises agricoles capitalistes. Les intérêts des monopoles capitalistes empêchent l’utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques.

De quelque côté qu’on se tourne, écrivait Lénine dès 1913, on rencontre à chaque pas des problèmes que l’humanité est parfaitement en état de résoudre sur-le-champ. L’obstacle, c’est le capitalisme. Il a accumulé des monceaux de richesses et a fait des hommes les esclaves de ces richesses. Il a résolu les problèmes techniques les plus compliqués et il a stoppé la mise en œuvre des perfectionnements techniques en parce que les grandes masses de la population sont plongées dans la misère et l’ignorance, parce qu’une poignée de millionnaires font preuve d’une lésinerie bornée.

V. Lénine, « La barbarie civilisée », Œuvres, t. 19, p. 418.

Le pourrissement du capitalisme se traduit par l’accroissement du parasitisme. La classe des capitalistes perd toute liaison avec le processus de production. La gestion des entreprises se concentre entre les mains d’un personnel technique salarié. L’immense majorité de la bourgeoisie et des propriétaires p. 281fonciers deviennent des rentiers, qui possèdent des titres et qui vivent des revenus qu’ils leur rapportent (la tonte des coupons). La consommation parasite des classes exploiteuses s’accroît.

La séparation totale de la couche des rentiers d’avec la production s’accentue encore par l’exportation des capitaux, par les revenus provenant des investissements à l’étranger. L’exportation des capitaux met une empreinte de parasitisme sur tout pays vivant de l’exploitation des peuples d’autres pays et des colonies. Les capitaux exportés hors des frontières constituent une part sans cesse accrue de la richesse nationale des pays impérialistes, et les revenus de ces capitaux une part croissante des revenus de la classe capitaliste. Lénine appelait l’exportation des capitaux du parasitisme au carré.

Les capitaux placés à l’étranger représentaient en 1929, par rapport à la richesse nationale: en Angleterre, 18 % ; en France, 15 % ; aux Pays-Bas, près de 20 % ; en Belgique et en Suisse, 12 %. En 1929, le revenu des capitaux placés à l’étranger était supérieur à celui du commerce extérieur : en Angleterre, de plus de sept fois ; aux États-Unis, de cinq fois.

Aux États-Unis, les revenus des rentiers provenant des titres étaient en 1913, de 1,8 milliard de dollars ; en 1931, 8,1 milliards de dollars, ce qui dépassait de 40 % le revenu global en espèces des 30 millions de fermiers pendant cette même année. Les États-Unis sont le pays où les traits parasites du capitalisme contemporain, de même que la nature rapace de l’impérialisme, s’affirment d’une façon particulièrement frappante.

Le caractère parasite du capitalisme apparaît nettement dans le fait qu’une série de pays bourgeois se transforment en États-rentiers. Au moyen d’emprunts asservissants, les plus grands pays impérialistes tirent d’immenses revenus des pays débiteurs, se les subordonnent aux points de vue économique et politique. L’État-rentier est l’État du capitalisme parasite, pourrissant. L’exploitation des colonies et des pays dépendants, qui est une des sources fondamentales des profits maximums des monopoles, transforme la poignée des plus riches pays capitalistes en parasites sur le corps des peuples asservis.

Le caractère parasite du capitalisme trouve son expression dans l’accroissement du militarisme. Une part croissante du revenu national, et principalement des revenus des travailleurs, est absorbée par le budget de l’État et dépensée pour l’entretien d’armées énormes, pour la préparation et la conduite de guerres impérialistes. Tout en étant un des principaux moyens pour assurer le profit maximum aux monopoles, la militarisation de l’économie et les guerres impérialistes signifient en même temps la destruction forcenée d’une multitude de vies humaines et d’immenses richesses matérielles.

Le progrès du parasitisme est indissolublement lié au fait que des masses énormes d’êtres humains sont arrachées au travail socialement utile. L’armée des chômeurs augmente, de même que le nombre de personnes employées au service des classes exploiteuses, dans l’appareil d’État, ainsi que dans la sphère hypertrophiée de la circulation.

Le pourrissement du capitalisme se traduit ensuite dans le p. 282fait que la bourgeoisie impérialiste, avec les profits que lui rapporte l’exploitation des colonies et des pays dépendants, corrompt systématiquement, moyennant un plus haut salaire et d’autres avantages, une faible partie de la couche supérieure des ouvriers qualifiés, ce qu’on appelle l’aristocratie ouvrière. Avec l’appui de la bourgeoisie, l’aristocratie ouvrière s’empare des postes de commande dans une série de syndicats ; elle forme avec des éléments petits-bourgeois, le noyau actif des partis socialistes de droite et constitue un danger grave pour le mouvement ouvrier. Cette couche d’ouvriers embourgeoisés est le fondement social de l’opportunisme.

L’opportunisme tend à subordonner le mouvement ouvrier aux intérêts de la bourgeoisie, en sapant la lutte révolutionnaire du prolétariat pour s’affranchir de l’esclavage capitaliste. Les opportunistes corrompent la conscience des ouvriers en prêchant la voie réformiste d’ « amélioration » du capitalisme ; ils demandent aux ouvriers de soutenir les gouvernements bourgeois dans leur politique impérialiste, intérieure et extérieure. Les opportunistes jouent au fond le rôle d’agents de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier. En divisant la classe ouvrière, ils empêchent les ouvriers de conjuguer leurs forces pour abattre le capitalisme. C’est là une des raisons pour lesquelles, dans nombre de pays, la bourgeoisie se maintient encore au pouvoir.

Au capitalisme prémonopoliste avec sa libre concurrence correspondait en qualité de superstructure politique une démocratie bourgeoise limitée. L’impérialisme avec la domination de ses monopoles est caractérisé par le passage de la démocratie à la réaction en matière de politique intérieure et extérieure des États bourgeois. La réaction politique sur toute la ligne est le propre de l’impérialisme. Les dirigeants des monopoles ou leurs hommes de confiance occupent les postes les plus élevés dans les gouvernements et dans l’ensemble de l’appareil d’État. Sous le régime de l’impérialisme, les gouvernements ne sont pas mis en place par le peuple, mais par les magnats du capital financier. Les cliques monopolistes réactionnaires, pour asseoir leur pouvoir, s’appliquent à réduire à néant les droits démocratiques conquis de haute lutte par des générations de travailleurs. Cela impose la nécessité d’intensifier par tous les moyens la lutte des masses pour la démocratie, contre l’impérialisme et la réaction.

Le capitalisme en général et l’impérialisme en particulier font de la démocratie une illusion, et dans le même temps le capitalisme engendre des aspirations démocratiques dans les masses, crée des institutions démocratiques, aggrave l’antagonisme entre l’impérialisme négateur de la démocratie et les masses qui aspirent à la démocratie.

V. Lénine, « Réponse à P. Kievski (I. Piatakov) », Œuvres, t. 23, p. 23.

À l’époque de l’impérialisme, la lutte des masses les plus larges, guidées par la classe ouvrière, contre la réaction engendrée p. 283par les monopoles, a une immense portée historique. C’est bien de l’activité, de l’organisation, de la résolution des masses populaires que dépend l’échec des visées barbares des forces d’agression de l’impérialisme, qui préparent sans cesse aux peuples de nouvelles et pénibles épreuves et des catastrophes militaires.

Date: 2010-2014