Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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21.3. La victoire de la Grande Révolution socialiste d’Octobre et la scission du monde en deux systèmes : capitaliste et socialiste.

La révolution prolétarienne a rompu le front de l’impérialisme tout d’abord en Russie, pays qui s’avéra l’anneau le plus faible de la chaîne impérialiste. La Russie était le point nodal de toutes les contradictions de l’impérialisme. La toute-puissance du capital s’y mêlait au despotisme tsariste, aux vestiges du servage et à l’oppression coloniale à l’égard des peuples non russes. Lénine qualifiait le tsarisme d’ « impérialisme militaire et féodal ».

La Russie tsariste était la réserve de l’impérialisme occidental, comme sphère d’investissement du capital étranger qui y détenait les branches maîtresses de l’industrie — combustible et métallurgie — et comme point d’appui de l’impérialisme occidental à l’Est. Les intérêts du tsarisme et ceux de l’impérialisme occidental se confondaient dans un même écheveau.

La haute concentration de l’industrie russe et l’existence d’un parti révolutionnaire tel que le Parti communiste avaient fait de la classe ouvrière russe la force politique la plus considérable du pays. Le prolétariat russe avait pour allié sérieux la paysannerie pauvre, qui formait l’immense majorité de la population paysanne. Dès lors, la révolution démocratique bourgeoise en Russie devait nécessairement aboutir à la révolution socialiste, revêtir un caractère international et ébranler l’impérialisme mondial jusqu’en ses fondements.

La portée internationale de la Grande Révolution socialiste d’Octobre réside en ce que, premièrement, elle a rompu le front de l’impérialisme, détrôné la bourgeoisie impérialiste dans un des plus grands pays capitalistes et, pour la première fois dans l’histoire, porté au pouvoir le prolétariat. Deuxièmement, non seulement elle a ébranlé l’impérialisme dans les métropoles, mais elle a porté des coups sur les arrières de l’impérialisme, dont elle a sapé la domination dans les colonies et les pays dépendants. Troisièmement, en affaiblissant la puissance de l’impérialisme dans les métropoles et en ébranlant p. 295sa domination dans les colonies, elle a par là mis en question l’existence même de l’impérialisme mondial dans son ensemble.

La Grande Révolution socialiste d’Octobre a marqué un tournant radical dans l’histoire universelle de l’humanité. Elle a inauguré une époque nouvelle, l’époque des révolutions prolétariennes dans les pays de l’impérialisme, celle du mouvement de libération nationale dans les colonies. La Révolution d’Octobre a arraché au pouvoir du capital les travailleurs d’un sixième du globe. Le monde se divisa en deux systèmes, le système capitaliste et le système socialiste, ce qui est l’expression la plus éclatante de la crise générale du capitalisme. On vit apparaître alors une contradiction foncièrement nouvelle et d’une portée universelle : la contradiction entre le capitalisme agonisant et le socialisme ascendant. La lutte des deux systèmes — capitalisme et socialisme — a pris à l’époque actuelle une importance décisive.

Définissant la crise générale du capitalisme, Staline a dit :

Cela signifie avant tout que la guerre impérialiste et ses conséquences ont accentué la putréfaction du capitalisme et compromis son équilibre ; que nous vivons à présent dans une époque de guerres et de révolutions ; que le capitalisme ne constitue plus l’unique et universel système d’économie mondiale ; qu’à côté du système d’économie capitaliste, existe le système socialiste, qui grandit, qui prospère, qui se dresse face au système capitaliste et qui, par le fait même de son existence, démontre la pourriture du capitalisme dont il ébranle les fondements.

J. Staline, Rapport politique du Comité central au 16e Congrès du Parti communiste (b), de l’U.R.S.S., p. 15, Éditions en langues étrangères, Moscou, 1951.

Les premières années oui suivirent la guerre de 1914-1918 constituèrent une période de désorganisation économique totale de la majorité des pays capitalistes qui avaient pris part à la guerre, une période de lutte à outrance entre le prolétariat et la bourgeoisie. À la suite de l’ébranlement du capitalisme mondial et sous l’influence directe de la Grande Révolution socialiste d’Octobre, des révolutions et des mouvements révolutionnaires se produisirent tant sur le continent européen que dans les pays coloniaux et semi-coloniaux. Ce puissant mouvement révolutionnaire, la sympathie et le soutien que témoignèrent à la Russie soviétique les masses laborieuses du monde entier, devaient déterminer l’effondrement de toutes les tentatives de l’impérialisme mondial pour étouffer la première république socialiste du monde. En 1920-1921, une profonde crise économique frappa les principaux pays capitalistes.

Une fois sorti du chaos économique d’après-guerre, le monde capitaliste entra, en 1924, dans une période de stabilisation relative. L’essor révolutionnaire fit place à un reflux momentané de la révolution dans une série de pays européens. C’était là une stabilisation momentanée, partielle, du capitalisme, p. 296obtenue en renforçant l’exploitation des travailleurs. Sous le drapeau de la « rationalisation » capitaliste, on procéda à une intensification poussée du travail. La stabilisation capitaliste conduisait inévitablement à l’accentuation des contradictions entre ouvriers et capitalistes, entre l’impérialisme et les peuples coloniaux, entre les impérialistes des divers pays. La crise économique mondiale qui commença en 1929 mit fin à la stabilisation capitaliste.

Pendant ce temps, l’économie nationale de l’U.R.S.S. suivait sans dévier une ligne ascendante, sans crise ni catastrophe. L’Union soviétique fut alors le seul pays qui ne connut pas les crises et les autres contradictions du capitalisme. L’industrie se développait sans discontinuer à des rythmes sans précédent. En 1938, la production industrielle de l’U.R.S.S. était de 908,8 % par rapport à celle de 1913, cependant que la production industrielle des États-Unis n’était que de 120 % ; celle de l’Angleterre, de 113,3 % ; celle de la France, de 93,2 %.

La confrontation du développement économique de l’U.R.S.S. et des pays capitalistes montre nettement les avantages décisifs du système d’économie socialiste sur le système capitaliste.

La naissance du premier État socialiste du monde a exercé une immense influence sur le développement de la lutte révolutionnaire des travailleurs. L’expérience de l’U.R.S.S. montre que les travailleurs peuvent administrer efficacement un pays, édifier et diriger l’économie sans la bourgeoisie. Chaque année d’émulation pacifique entre socialisme et capitalisme ruine et affaiblit le capitalisme et renforce le socialisme. L’exemple des travailleurs de l’Union soviétique et des autres pays, qui ont rejeté le joug de l’exploitation capitaliste, anime les peuples opprimés dans la lutte contre l’impérialisme. L’impérialisme international cherche à étrangler ou au moins à affaiblir l’État socialiste. Il s’efforce de résoudre ses difficultés et ses contradictions internes en déclenchant la guerre contre l’U.R.S.S. et les pays de démocratie populaire. Dans la lutte contre les menées de l’impérialisme, l’Union soviétique s’appuie sur sa force économique et militaire, sur le soutien du prolétariat international et sur les masses laborieuses du monde entier.

L’expérience de l’histoire a montré que dans la lutte des deux systèmes, le système socialiste est assuré de l’emporter sur le capitalisme, sur la base de l’émulation pacifique. Dans sa politique extérieure, l’État soviétique part de la possibilité d’une coexistence pacifique des deux systèmes — capitalisme et socialisme — et poursuit fermement une politique de paix entre les peuples.

Date: 2010-2014