Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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22.1. La deuxième guerre mondiale et la deuxième phase de la crise générale du capitalisme.

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Lénine avait prévu que la première guerre mondiale serait suivie d’autres guerres provoquées par les contradictions impérialistes.

Car chacun voit, disait-il après la fin de la guerre de 1914-1918, qu’une nouvelle guerre toute pareille est fatale si les impérialistes et la bourgeoisie restent au pouvoir.

V. Lénine, « Discours à la séance solennelle du Soviet de Moscou, en l’honneur de l’anniversaire de la 3e Internationale », Œuvres, t. 30, p. 436.

La répartition des sphères d’influence entre les pays impérialistes, qui s’est effectuée à la suite de la première guerre mondiale, s’est révélée encore plus précaire que celle qui existait avant cette guerre. Le rôle de l’Angleterre et de la France dans la production industrielle du monde a sensiblement diminué, leurs positions sur le marché capitaliste mondial ont empiré. Les monopoles américains, qui s’étaient fortement enrichis pendant la guerre, ont augmenté leur potentiel de production et tiennent la première place dans le monde capitaliste pour l’exportation des capitaux. L’Allemagne, défaite au cours de la première guerre mondiale, n’a pas tardé à rétablir son industrie lourde grâce aux emprunts américains et aussi anglais, et elle s’est mise à réclamer un nouveau partage des sphères d’influence. Le Japon s’est engagé dans la voie de l’agression contre la Chine. L’Italie entama la lutte pour la conquête d’une série de possessions coloniales d’autres pays.

Ainsi, l’action de la loi de l’inégalité du développement des pays capitalistes dans la période qui suivit la première guerre mondiale, aboutit à un nouvel et brutal déséquilibre à l’intérieur du système mondial du capitalisme. Le monde capitaliste s’est divisé en deux camps hostiles, division qui a conduit à la deuxième guerre mondiale.

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Préparée par les forces de la réaction impérialiste internationale, elle a été déclenchée par le bloc des États fascistes, Allemagne, Japon, Italie. Dans la période d’avant-guerre les milieux dirigeants des États-Unis, de Grande-Bretagne et de France, soucieux de diriger l’agression du fascisme allemand et de l’impérialisme nippon contre l’Union soviétique, ont par tous les moyens favorisé les agresseurs et les ont encouragés à déclencher la guerre. Pourtant l’impérialisme allemand a commencé d’abord la guerre contre la France, l’Angleterre et les États-Unis, puis a attaqué ensuite l’Union soviétique. Guerre de conquête et de rapine de la part de l’Allemagne hitlérienne et de ses partenaires, l’Italie fasciste et le Japon militariste, la deuxième guerre mondiale a été une guerre juste, libératrice» de la part de l’Union soviétique et des autres peuples, victimes de l’agression fasciste.

Par l’envergure des opérations militaires, les effectifs des forces armées et la quantité de matériel engagée, par le nombre des victimes humaines et l’ampleur des destructions matérielles, la deuxième guerre mondiale a dépassé de loin la première. De nombreux pays d’Europe et d’Asie ont subi des pertes énormes en hommes et en matériel.

Les dépenses de guerre proprement dites des États belligérants s’évaluent à près de mille milliards de dollars, sans compter les dommages causés par les destructions. L’action de brigandage des occupants fascistes allemands et japonais a porté à l’économie et à la culture de nombreux peuples d’Europe et d’Asie un préjudice énorme.

La guerre a amené un nouveau développement du capitalisme monopoliste d’État. Une série de mesures entraînées par la guerre furent prises par les États bourgeois pour assurer aux magnats du capital financier des profits de monopole maximums : ainsi la mise à la disposition des plus grands monopoles de milliards de commandes militaires à des conditions extrêmement avantageuses, la remise aux monopoles à vil prix d’entreprises d’État, la répartition des matières premières déficitaires et de la main-d’œuvre dans l’intérêt des firmes les plus importantes, la fermeture forcée de centaines et de milliers de petites et moyennes entreprises ou leur subordination à un petit nombre de firmes de l’industrie de guerre.

Les dépenses de guerre des puissances capitalistes belligérantes furent couvertes par les impôts, les emprunts et les émissions de papier-monnaie. En 1943-1944, dans les principaux pays capitalistes (États-Unis, Angleterre, Allemagne), les impôts absorbaient à peu près 35 % du revenu national. L’inflation a provoqué une hausse énorme des prix. L’allongement de la journée de travail, la militarisation du travail, l’accroissement des charges fiscales et la vie chère, l’abaissement du niveau de la consommation : tout cela s’est traduit par un accroissement encore plus grand de l’exploitation de la classe ouvrière et des masses de la paysannerie.

Les monopoles ont amassé pendant la guerre des profits fabuleux. Les profits des monopoles américains sont passés de 3,3 milliards de dollars en 1938 à 17 milliards en 1941, à 20,9 milliards en 1942, à 24,6 milliards en 1943 et 23,3 milliards de dollars en 1944. Les monopoles de l’Angleterre, de la France, de l’Allemagne fasciste, de l’Italie et du Japon ont réalisé des profits exorbitants.

Pendant et après la guerre, la toute-puissance économique et politique des monopoles s’est notablement accrue dans les pays capitalistes. Les monopoles américains, comme l’U.S. Steel, le consortium chimique Dupont de Nemours, les firmes automobiles General Motors et Chrysler, le monopole électrotechnique General Electric, etc., ont particulièrement élargi leurs opérations. La General Motors, par exemple, compte à l’heure actuelle 102 usines aux États-Unis et 33 usines dans 20 autres pays ; ses entreprises occupent près d’un demi-million d’ouvriers.

Au cours de la première phase de la guerre, chacune des deux coalitions capitalistes aux prises espérait pouvoir battre p. 308l’adversaire et les impérialistes allemands aussi bien que les impérialistes américains s’efforçaient de conquérir la domination dans le monde. Elles cherchaient là une issue à la crise générale. Les deux groupements capitalistes comptaient voir l’Union soviétique succomber ou s’affaiblir notablement pendant la guerre, ils comptaient pouvoir étrangler le mouvement ouvrier dans les métropoles et le mouvement de libération nationale dans les colonies.

Grâce à la lutte héroïque du peuple soviétique, à la puissance économique et militaire de l’U.R.S.S., grâce à l’essor du mouvement de libération nationale anti-impérialiste en Europe et en Asie, les plans des impérialistes se sont effondrés. La deuxième guerre mondiale s’est terminée par l’écrasement total des États fascistes par les forces armées des pays de la coalition antihitlérienne. Le rôle décisif dans cette défaite revient à l’Union soviétique qui a sauvé des oppresseurs fascistes la civilisation, la liberté, l’indépendance et l’existence même des peuples européens.

En dépit des calculs des impérialistes qui rêvaient de détruire ou d’affaiblir l’État soviétique, celui-ci sortit de la guerre plus fort et accrut, son prestige international. La grande guerre nationale de l’Union soviétique a montré la vigueur et la force de la première puissance socialiste du monde, les immenses avantages du régime socialiste dans le domaine social et le domaine politique. La défaite des agresseurs fascistes a libéré les forces du mouvement de libération nationale en Europe et en Asie. La loi du développement social de l’époque contemporaine, découverte par Lénine, en vertu de laquelle le remplacement révolutionnaire du système capitaliste d’économie par le système socialiste se réalise par le détachement successif de pays nouveaux du système mondial du capitalisme, a reçu là une complète confirmation.

En dépit des calculs des impérialistes qui rêvaient de l’affaiblissement et de la défaite du mouvement révolutionnaire, la guerre entraîna le détachement de nouveaux pays du système capitaliste. Les peuples de plusieurs pays de l’Europe centrale et du Sud-Est européen : Pologne, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Roumanie, Hongrie, Bulgarie, Albanie, secouèrent le joug des régimes réactionnaires et prirent en main le pouvoir. Les républiques de démocratie populaire réalisèrent des transformations économiques et sociales radicales et s’engagèrent dans la voie de l’édification des bases du socialisme. La formation de la République démocratique allemande, rempart des forces démocratiques du peuple allemand, dans la lutte pour la constitution d’une Allemagne unifiée, démocratique et pacifique a été une grave défaite de l’impérialisme mondial et un important succès du camp de la paix et de la démocratie.

En dépit des calculs des impérialistes qui rêvaient de continuer à asservir les peuples des colonies et des pays dépendants, il s’est produit un nouvel et puissant essor de la lutte pour la libération nationale dans ces pays. De grandes transformations historiques se sont accomplies en Asie, où vit plus de la moitié p. 309de la population du globe. Parmi ces changements, il faut signaler en premier lieu la victoire du grand peuple chinois, dirigé par le Parti communiste chinois, sur les forces unies de l’impérialisme et de la réaction féodale intérieure. La révolution populaire en Chine a liquidé la domination des exploiteurs féodaux et des impérialistes étrangers dans le plus grand des pays semi-coloniaux du monde, libérant du joug de l’impérialisme un peuple de 600 millions d’hommes. La formation de la République populaire chinoise a été le coup le plus violent porté à tout le système de l’impérialisme après la grande Révolution socialiste d’Octobre en Russie et la victoire de l’Union soviétique dans la deuxième guerre mondiale. Des républiques populaires se sont formées en Corée et au Viet-Nam.

Tout cela a amené une nouvelle modification sérieuse du rapport des forces entre le socialisme et le capitalisme, en faveur du premier et au détriment du second. Un certain nombre de pays d’Europe et d’Asie s’étant détachés du capitalisme, plus du tiers de l’humanité est actuellement libéré du joug capitaliste.

Au cours de la deuxième guerre mondiale, et surtout depuis que les pays de démocratie populaire d’Europe et d’Asie se sont détachés du système capitaliste, la crise générale du capitalisme est entrée dans une deuxième phase, caractérisée par une nouvelle aggravation de cette crise.

Date: 2010-2014