Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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23.1. La révolution prolétarienne et la nécessité d’une période de transition du capitalisme au socialisme.

Le développement du mode de production capitaliste et de la lutte de classes dans la société bourgeoise conduit inévitablement au remplacement révolutionnaire du capitalisme par le socialisme. Le capitalisme donne naissance à la grande industrie mécanique, qui est la condition matérielle préalable du passage au socialisme. Sous la forme du prolétariat, le capitalisme, en se développant, prépare la force sociale qui réalise ce passage. À l’époque de l’impérialisme, comme nous l’avons montré plus haut, le conflit entre les forces productives qui ont grandi et les rapports de production bourgeois, qui sont devenus une entrave pour ces forces productives, atteint un degré d’acuité sans précédent. La loi de la correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces productives exige la suppression des anciens rapports de production bourgeois et l’établissement de rapports de production nouveaux, socialistes. D’où la nécessité objective d’une révolution prolétarienne socialiste.

L’opposition entre les fondements de la société bourgeoise et ceux de la société socialiste, l’antagonisme entre les intérêts du travail et ceux du capital rendent impossible l’ « intégration » pacifique du capitalisme dans le socialisme, que prêchent les réformistes. Le passage du capitalisme au socialisme ne peut être réalisé que par la dictature du prolétariat. Sa situation économique fait du prolétariat la seule classe capable de grouper autour d’elle tous les travailleurs pour renverser le capitalisme et assurer la victoire du socialisme.

La révolution prolétarienne se distingue foncièrement de toutes les révolutions qui l’ont précédée. Lors du passage du régime esclavagiste à la féodalité, puis de la féodalité au capitalisme, une forme de propriété privée succédait à une autre, le pouvoir de certains exploiteurs était remplacé par celui d’autres exploiteurs. Les formations sociales fondées sur l’exploitation ayant toutes une base semblable : la propriété privée des moyens de production, la nouvelle formation économique se développait progressivement au sein de l’ancien mode de production. Ainsi lors du passage du féodalisme au capitalisme, les nouveaux rapports de production bourgeois se sont peu à peu développés, des formes plus ou moins achevées du type capitaliste ont grandi au sein de l’ancien régime. La tâche de la révolution bourgeoise se réduisait à la prise du pouvoir par la bourgeoisie, à faire correspondre ce pouvoir à l’économie capitaliste existante, à détruire les entraves de l’ancienne société féodale qui empêchaient l’essor du capitalisme. Atteindre ce but est d’ordinaire le terme de la révolution bourgeoise.

La révolution prolétarienne se propose de remplacer la propriété privée des moyens de production par la propriété sociale et de supprimer toute exploitation de l’homme par l’homme. Elle ne trouve pas de formes d’économie socialiste toutes prêtes. Le régime socialiste, fondé sur la propriété sociale des moyens de production, ne peut pas naître et grandir au sein de la société bourgeoise, fondée sur la propriété privée. La révolution prolétarienne a pour mission d’instaurer le pouvoir du prolétariat et d’édifier une économie nouvelle, socialiste. La conquête du pouvoir par la classe ouvrière n’est que le début de la révolution prolétarienne, ce pouvoir étant ensuite utilisé pour opérer la refonte de l’ancienne économie et en organiser une nouvelle.

Par suite, le remplacement du régime capitaliste par le régime socialiste nécessite dans chaque pays une période de transition particulière qui s’étend sur toute une époque historique, au cours de laquelle s’opère l’édification de l’économie socialiste, la refonte radicale de tous les rapports sociaux.

Entre la société capitaliste et la société communiste, se place la période de transformation révolutionnaire de celle-ci en celle-là. À quoi correspond une période de transition politique où l’État ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat.

K. Marx et F. Engels, Critique des programmes de Gotha et d’Erfurt, p. 34, Éditions sociales, Paris, 1950.

La période de transition du capitalisme au socialisme commence par l’instauration du pouvoir du prolétariat et se termine quand l’édification du socialisme, première phase de la société communiste, est achevée. Au cours de cette période, l’ancienne base capitaliste est détruite tandis qu’il se crée une base nouvelle, socialiste qui garantit le développement des forces productives, nécessaire à la victoire du socialisme. Le prolétariat doit, durant la période de transition, se tremper pour devenir une force capable d’administrer le pays, de bâtir la société socialiste et de rééduquer les masses petites-bourgeoises dans l’esprit du socialisme.

À l’aide des thèses de Marx et d’Engels, Lénine a construit une théorie complète de la période de transition du capitalisme au socialisme et de la dictature du prolétariat, armant ainsi la classe ouvrière et tous les travailleurs de la connaissance scientifique des voies de l’édification du socialisme.

La révolution prolétarienne a triomphé d’abord en Russie. Le capitalisme était, en Russie, suffisamment développé pour que la révolution prolétarienne pût triompher. La Russie était d’autre part le noeud de toutes les contradictions de l’impérialisme, ce qui contribua fortement aux progrès de l’esprit révolutionnaire parmi le prolétariat et au rassemblement des masses paysannes autour de ce dernier. En octobre 1917, sous la direction du Parti communiste, le prolétariat russe, armé de la théorie léniniste de la révolution socialiste, en alliance avec la paysannerie pauvre, renversa le pouvoir des capitalistes et des grands propriétaires fonciers et instaura sa dictature. La grande révolution socialiste d’Octobre a, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, ouvert la voie du socialisme et donné l’exemple de ce que doit être, dans ses grandes lignes, la révolution prolétarienne dans tout pays, quel qu’il soit. La révolution socialiste ne peut toutefois manquer de présenter, dans chaque pays qui s’est détaché du système impérialiste, des particularités qui découlent des conditions historiques concrètes du développement de ce pays, ainsi que de la situation internationale.

Lénine a découvert et établi scientifiquement la possibilité, dans des conditions historiques déterminées, d’un développement non capitaliste des pays arriérés au point de vue social et économique. Après avoir rejeté le joug de l’impérialisme, ces pays peuvent, avec l’aide d’États plus avancés où la révolution prolétarienne a déjà triomphé, éviter le processus long et douloureux d’un développement capitaliste et s’engager graduellement dans la voie de l’édification du socialisme sans passer par le stade du capitalisme.

La République populaire de Mongolie, où régnaient auparavant des rapports féodaux, fournit un exemple de développement non capitaliste. Grâce à l’aide de l’Union soviétique, la République populaire de Mongolie a pu prendre le chemin du socialisme, sans passer par le capitalisme.

Date: 2010-2014