Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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23.3. La nationalisation socialiste.

Le développement du capitalisme a préparé les conditions nécessaires pour la collectivisation socialiste de la grande industrie mécanique et des transports mécanisés, des banques, etc. Aussi l’État prolétarien procède-t-il, dès le début de la période de transition, à la nationalisation de la grande production capitaliste.

La nationalisation socialiste est l’abolition révolutionnaire par le pouvoir prolétarien de la propriété des classes exploiteuses et sa transformation en propriété d’État, socialiste, patrimoine du peuple tout entier. La nationalisation socialiste conduit à l’élimination de la contradiction essentielle du capitalisme, celle entre le caractère social de la production et la forme privée de l’appropriation capitaliste. La nationalisation socialiste met les rapports de production dans l’industrie en accord avec le caractère des forces productives, ce qui ouvre la voie à leur développement.

La nationalisation socialiste, premièrement, liquide la propriété capitaliste des principaux moyens de production et met ainsi fin à la domination économique de la bourgeoisie dans le pays ; deuxièmement, elle fournit une base économique à la dictature du prolétariat en plaçant entre les mains des travailleurs les leviers de commande de l’économie nationale, c’est-à-dire les branches maîtresses de l’économie où est instaurée la propriété sociale des moyens de production, fondement des rapports de production socialistes.

La nationalisation de la grande industrie, branche-clé de l’économie nationale, a une importance décisive pour l’édification du socialisme. Les banques, les chemins de fer, la marine marchande et les P.T.T., les grandes entreprises du commerce intérieur, le commerce extérieur, sont eux aussi nationalisés. La nationalisation des banques prive la bourgeoisie d’un des principaux instruments de sa domination économique, tandis que l’État prolétarien acquiert un appareil économique centralisé et ramifié qui, après sa refonte révolutionnaire, concourt à la construction du socialisme. La nationalisation du commerce extérieur est indispensable pour assurer au pays qui bâtit le socialisme son indépendance économique vis-à-vis du monde capitaliste.

Conscient de la nécessité vitale de faire disparaître les survivances du servage, de la propriété foncière féodale devenue depuis longtemps un anachronisme, l’État prolétarien procède à la confiscation immédiate des terres des grands propriétaires fonciers, de leurs exploitations et de leur cheptel vif et mort. La majeure partie des terres confisquées est remise à la paysannerie laborieuse. Sur une autre partie, plus petite, sont organisées de grandes entreprises agricoles d’État.

La nationalisation de la terre, c’est-à-dire la liquidation de la propriété privée de la terre et le transfert de la propriété du sol à l’État prolétarien, constitue une des mesures les plus importantes de la révolution socialiste. Le pouvoir prolétarien décide des méthodes et des délais de la nationalisation de toute la terre en fonction des conditions concrètes de chaque pays. En Russie, où les traditions de la propriété privée de la terre étaient, chez les paysans, moins puissantes qu’en Occident, le pouvoir des Soviets a, conformément aux revendications des masses paysannes, nationalisé toute la terre dès le début de la révolution, abolissant ainsi la rente foncière absolue. Pour la première fois dans l’histoire, la paysannerie soviétique a reçu de la révolution prolétarienne la terre en jouissance gratuite. Dans les pays où la propriété privée des petits paysans sur la terre existe depuis longtemps et où, par suite, les traditions de la propriété privée de la terre sont plus fortes, la classe ouvrière au pouvoir ne procède pas à la nationalisation de toute la terre au début de la révolution. Dans ces pays, une partie seulement des terres confisquées aux grands propriétaires fonciers est nationalisée et constitue le fonds d’État ; la majeure partie des terres confisquées devient la propriété privée des paysans. La question de la nationalisation de toute la terre trouve sa solution pratique au cours de la refonte socialiste de l’agriculture.

Après avoir brisé l’appareil d’État de la bourgeoisie, la grande Révolution socialiste d’Octobre a, dès les premiers mois, nationalisé et confisqué sans indemnité les moyens de production et les autres richesses des gros propriétaires fonciers et des grands capitalistes.

Le 26 octobre (8 novembre) 1917 fut promulgué le décret sur la terre. Les terres des gros propriétaires fonciers, de la bourgeoisie, de la famille impériale, de l’Eglise et des couvents, furent confisquées, aliénées sans rachat. Le droit de propriété privée sur la terre fut aboli pour toujours. Toute la terre, le sous-sol, les forêts et les eaux devinrent propriété d’État (patrimoine du peuple tout entier). La vente et l’achat de la terre furent interdits. La paysannerie reçut en jouissance gratuite plus de 150 millions de déciatines de terres nouvelles, en plus de celles dont elle jouissait avant la révolution ; elle était libérée des fermages qu’elle payait aux grands propriétaires fonciers, ainsi que des dépenses nécessitées par l’achat de terres, soit une économie totale de plus de 700 millions de roubles-or par an1 La nationalisation de la terre permit de liquider la classe des propriétaires fonciers. Elle extirpa entièrement les vestiges du servage. Ainsi la révolution socialiste, chemin faisant, accomplissait jusqu’au bout les tâches de la révolution démocratique bourgeoise. Si, par elle-même, la nationalisation de la terre n’établissait pas encore à la campagne des rapports de production socialistes, puisque l’exploitation privée subsistait sur la terre devenue propriété du peuple entier, elle n’en avait pas moins une importance considérable pour la construction du socialisme. Elle consolida la base économique de la dictature du prolétariat et améliora la situation économique des paysans travailleurs. Elle facilita par la suite le passage de la paysannerie sur la voie d’un développement socialiste.

À titre de mesure transitoire à une large nationalisation des entreprises capitalistes, et pour réglementer jusqu’à un certain point leur activité, le pouvoir des Soviets institua le contrôle ouvrier, c’est-à-dire un contrôle exercé par le personnel de ces entreprises sur la production, le commerce et les finances. En décembre 1917, il fut procédé à la nationalisation des banques. Le pouvoir des Soviets annula tous les emprunts contractés par le gouvernement du tsar et par le Gouvernement provisoire auprès des capitalistes, tant russes qu’étrangers. Le commerce extérieur fut déclaré monopole d’État, l’importation et l’exportation des marchandises furent retirées des mains des particuliers et confiées aux organismes de l’État. Le monopole du commerce extérieur, institué par le pouvoir des Soviets, mettait le pays à l’abri de l’agression économique des impérialistes qui s’efforçaient de l’asservir et d’en faire leur colonie. Les chemins de fer et les P.T.T., le trafic maritime et le grand trafic fluvial furent nationalisés. Le pouvoir des Soviets procéda sur une échelle toujours plus étendue à la nationalisation des entreprises industrielles en les confisquant sans indemnité. En juin 1918, les grandes entreprises, dans toutes les industries, furent nationalisées.

En nationalisant la grande industrie, les banques, les transports, le commerce extérieur, le pouvoir des Soviets brisait la puissance économique de la bourgeoisie et prenait en main les leviers de commande de l’économie nationale.

Dans les entreprises nationalisées, les rapports de production capitalistes furent remplacés par des rapports socialistes. En devenant propriété sociale, les moyens de production cessaient de faire fonction de capital. L’exploitation de l’homme par l’homme fut abolie. Une discipline du travail nouvelle, socialiste, s’instaura. On assista à la naissance de l’émulation socialiste parmi les ouvriers. Peu à peu les principes socialistes de gestion de la production s’implantèrent, qui combinaient la direction personnelle unique avec l’activité créatrice des masses. Triomphant de la résistance de la bourgeoisie et du sabotage des spécialistes bourgeois, dans une lutte opiniâtre contre l’anarchisme petit-bourgeois, le pouvoir des Soviets entreprit d’organiser sur le plan national le recensement et le contrôle de l’ensemble de la production et de la répartition des produits.

Notes
1.

Déciatine : 1,0925 ha. (N.R.)

Date: 2010-2014