Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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24.1. La grande industrie, base matérielle du socialisme. La nature de l’industrialisation socialiste.

Le socialisme ne peut être édifié que sur la base de la grande production mécanique. Celle-ci est seule capable d’assurer, à la ville comme à la campagne, la victoire des formes socialistes de l’économie sur les formes capitalistes, l’augmentation continue de la productivité du travail et le bien-être accru des travailleurs.

Lénine écrivait :

La base matérielle du socialisme ne peut être que la grande industrie mécanique, capable de réorganiser l’agriculture elle aussi.

V. Lénine, « Thèses du rapport sur la tactique du Parti communiste russe présenté au 3e Congrès de l’Internationale communiste », thèse 9, Œuvres, t. 32, p. 489.

Le capitalisme a développé la grande industrie et créé ainsi les conditions matérielles de la révolution prolétarienne et de la construction du socialisme. Mais en raison des contradictions qui lui sont inhérentes, il n’a pas pu organiser dans tous les pays toutes les branches de l’économie sur la base de la grande production mécanique. La plupart des pays, et en particulier les pays coloniaux et dépendants, ne possèdent pas une grande industrie suffisamment développée. Dans les pays capitalistes, il existe une classe nombreuse de paysans dont la petite exploitation privée individuelle est fondée sur le travail manuel et une technique primitive. Or, il est impossible d’assurer la victoire du socialisme dans l’ensemble de l’économie nationale sans réorganiser toutes les branches de la production sur la base d’une technique avancée.

Ce sont les branches produisant les moyens de production : métal, houille, pétrole, machines, équipements, matériaux de construction, etc., autrement dit, l’industrie lourde, qui jouent le rôle déterminant dans la grande industrie. Aussi l’industrialisation socialiste est-elle avant tout le développement de l’industrie lourde et des constructions mécaniques, qui en sont le centre.

Le centre de l’industrialisation, sa base, c’est le développement de l’industrie lourde (combustible, métal, etc.), le développement, en dernière analyse, de la production des moyens de production, le développement de sa propre industrie des constructions mécaniques.

J. Staline, La situation économique de l’Union soviétique et la politique du Parti. Éditions en langues étrangères, p. 8-9.

Celles-ci occupent une place à part dans l’économie du pays. Des constructions mécaniques développées sont à la base du rééquipement de toutes les branches de l’économie nationale en moyens techniques modernes : machines, machines-outils, appareils, outils ; elles sont à la base du progrès technique.

L’industrialisation socialiste assure aux formes d’industrie socialistes une prépondérance croissante sur les formes de la petite production marchande et du capitalisme. Elle crée la base matérielle du développement des formes socialistes d’économie, de la liquidation des éléments capitalistes ; elle assure aux formes socialistes d’économie la supériorité technique indispensable pour triompher entièrement de la formation économique capitaliste.

Le développement de l’industrie lourde est la clé de la transformation socialiste de l’agriculture sur la base d’un outillage mécanique perfectionné. En fournissant à l’agriculture des tracteurs, des moissonneuses-batteuses et d’autres machines agricoles, l’industrie socialiste permet la naissance et le développement à la campagne des nouvelles forces productives indispensables à la victoire du régime kolkhozien.

L’industrialisation socialiste entraîne une augmentation des effectifs de la classe ouvrière ; elle accroît son importance et son rôle dirigeant dans la société ; elle renforce les bases de la dictature de la classe ouvrière et son alliance avec la paysannerie. L’industrialisation socialiste garantit l’indépendance technique et économique, ainsi que la capacité de défense du pays qui construit le socialisme face à l’hostilité du monde capitaliste. L’industrie lourde permet de fabriquer les armements modernes indispensables pour défendre le pays contre l’agression d’États impérialistes hostiles.

L’industrialisation socialiste est donc un développement de la grande industrie, et en premier lieu de l’industrie lourde, qui assure la refonte de toute l’économie nationale sur la base d’un outillage mécanique perfectionné, la victoire des formes socialistes d’économie, l’indépendance technique et économique du pays vis-à-vis du monde capitaliste, et sa capacité de défense.

L’industrialisation socialiste est rendue nécessaire par la loi de la correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces productives, et par la loi économique fondamentale du socialisme, par la nécessité de créer les conditions matérielles de l’édification du socialisme, de l’accroissement continu de la production et de l’élévation permanente du niveau de vie du peuple.

L’industrialisation socialiste du pays avait pour l’U.R.S.S. une importance vitale. Bien qu’elle possédât une grande industrie, la Russie d’avant la Révolution était un pays essentiellement agricole. Elle restait sensiblement en arrière des principaux pays capitalistes quant au niveau de développement de son industrie, et surtout de son industrie lourde.

Occupant la première place au monde par l’étendue de son territoire, et la troisième (après la Chine et l’Inde) par sa population, la Russie des tsars venait au cinquième rang dans le monde et au quatrième en Europe par le volume de sa production industrielle. En 1913, la production agricole constituait 57,9 % et la production industrielle 42,1 % de la production de l’agriculture et de la grosse industrie réunies. L’industrie lourde était très en retard sur l’industrie légère. De nombreuses industries importantes faisaient défaut : celles des machines-outils, des tracteurs, des automobiles, d’autres encore. La Russie d’avant la Révolution était quatre fois moins pourvue d’instruments de production modernes que l’Angleterre, cinq fois moins que l’Allemagne, dix fois moins que l’Amérique. Son retard économique et technique la plaçait sous la dépendance des pays capitalistes plus développés. Elle devait importer une partie considérable de ses équipements et de ses autres moyens de production. Les branches-clés de l’industrie lourde étaient entre les mains de capitalistes étrangers.

La domination des capitalistes et des grands propriétaires fonciers aggravait de plus en plus la dépendance de la Russie à l’égard des puissances impérialistes d’Occident. L’indépendance nationale du pays était directement menacée. Les classes exploiteuses étaient incapables de combler le retard technique et économique séculaire de la Russie. Seule la classe ouvrière pouvait s’acquitter de cette tâche historique. À la veille de la grande Révolution socialiste d’Octobre, Lénine soulignait déjà que rattraper et dépasser les pays capitalistes les plus développés sous le rapport technique et économique était pour la Russie une question de vie ou de mort.

La révolution a fait que la Russie a rattrapé en quelques mois, quant à son régime  p o l i t i q u e, les pays avancés.

Mais cela ne suffit pas. La guerre est inexorable. Elle pose la question avec une âpreté implacable : ou bien périr ou bien rattraper les pays avancés et les dépasser  a u s s i   a u   p o i n t   d e   v u e   é c o n o m i q u e…

[…]

Périr ou s’élancer en avant à toute vapeur. C’est ainsi que l’histoire pose la question.

V. Lénine, « La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer », Œuvres, t. 25, p. 395-396.

Le niveau de développement des forces productives et, en particulier, l’existence en Russie d’une grande industrie concentrée étaient suffisants pour permettre la victoire de la révolution prolétarienne et l’établissement du pouvoir des Soviets, pouvoir politique le plus avancé du monde. Mais pour créer la base économique du socialisme, opérer la refonte socialiste de la petite agriculture arriérée et accroître le bien-être de la population, il fallait combler le retard technique et économique séculaire du pays, créer une puissante industrie lourde. Sans une industrie lourde développée, la Russie aurait été vouée à devenir un appendice agricole des pays capitalistes plus évolués, à perdre son indépendance, et avec elle toutes les conquêtes de la révolution socialiste.

Avec la victoire de la révolution prolétarienne en Russie, surgit une contradiction entre le pouvoir politique le plus avancé du monde — le pouvoir des Soviets — et sa base technique et économique arriérée héritée du passé. Le pouvoir des Soviets n’aurait pu se maintenir longtemps sur la base d’une industrie arriérée. Il devait, pour lever cette contradiction, procéder à l’industrialisation socialiste.

Ainsi, l’industrialisation socialiste de l’U.R.S.S. était une nécessité historique ; les intérêts vitaux, pressants, de l’édification du socialisme l’exigeaient.

Conscients de cette nécessité historique, le Parti communiste et l’État soviétique appliquèrent une politique conséquente d’industrialisation socialiste du pays. Le 14e Congrès du Parti communiste (1925) assigna pour tâche centrale l’industrialisation socialiste du pays. Il déclarait dans les résolutions :

Organiser l’économie de manière que l’U.R.S.S. devienne, de pays importateur de machines et d’équipements, un pays produisant machines et équipements ; pour que l’U.R.S.S., entourée d’États capitalistes, ne puisse d’aucune manière devenir un appendice de l’économie mondiale capitaliste, mais constitue une unité économique indépendante, s’organisant sur le mode socialiste.

« Résolution du 14e Congrès du P.C. (b) de l’U.R.S.S. », Le P.C.U.S. dans les résolutions et décisions de ses congrès, de ses conférences et des assemblées plénières du Comité central, 2e partie, p. 75.
Date: 2010-2014