Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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29.1. Le caractère des lois économiques en régime socialiste.

Une fois les rapports de production bourgeois remplacés par des rapports de production socialistes, les lois économiques du capitalisme, qui traduisent des rapports d’exploitation de l’homme par l’homme, cessent de jouer. La loi de la plus-value, la loi économique fondamentale du capitalisme actuel, la loi générale de l’accumulation capitaliste, la loi de la concurrence et de l’anarchie de la production et d’autres lois encore quittent la scène. Les catégories qui traduisent les rapports capitalistes : capital, plus-value, profit du capital, prix de production, travail salarié, valeur de la force de travail, etc., disparaissent également.

Quand les rapports de production socialistes sont apparus et se développent, de nouvelles lois économiques surgissent et commencent à agir : la loi économique fondamentale du socialisme, la loi du développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale, la loi de l’élévation constante de la productivité du travail, la loi de la répartition selon le travail, la loi de l’accumulation socialiste et d’autres encore.

Étant donné que la production marchande subsiste en régime socialiste, la loi de la valeur exerce son action au sein de l’économie socialiste, et les catégories qui s’y rattachent continuent d’exister. Les nouvelles conditions économiques, nées de la victoire du socialisme, modifient le caractère de la production et de la circulation marchandes, limitent leur champ d’action. Il existe, en régime socialiste, une production et une circulation marchandes sans capitalistes, mises au service de l’économie socialiste. Le champ d’action de la loi de la valeur est strictement limité. Les formes extérieures des catégories de la valeur dissimulent un contenu social différent dans son principe même ; la destination de ces catégories est radicalement modifiée ; la monnaie, le commerce, le crédit sont ici des instruments de l’édification socialiste. Le régime économique socialiste engendre des catégories économiques nouvelles, liées aux lois qui lui sont propres : les fonds fixes et les fonds circulants, la gestion équilibrée, le prix de revient, le produit pour la société, la journée-travail, etc.

Le développement du mode de production socialiste est également subordonné aux lois économiques communes à toutes les formations, comme la loi de la correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces productives.

Les lois économiques du socialisme reflètent la nature des rapports de production socialistes. Alors que les lois économiques du capitalisme traduisent l’exploitation croissante du travail par le capital, les lois économiques du socialisme traduisent les rapports de coopération et d’entraide fraternelles entre travailleurs libérés de toute exploitation. Les lois économiques du socialisme, de même que les lois économiques de tout autre mode de production, apparaissent et agissent en dehors de la volonté de l’homme, c’est-à-dire ont un caractère objectif. Elles ne peuvent être créées, formées, transformées ou abolies par la volonté de l’homme. C’est seulement en agissant sur la base de ces lois que peut s’effectuer le développement de la société socialiste. La violation des exigences des lois économiques engendre maintes difficultés et contradictions et peut entraîner une désorganisation de la vie économique du pays.

Nier le caractère objectif des lois économiques du socialisme, ce serait liquider l’économie politique du socialisme en tant que science, priver la société socialiste de la possibilité de prévoir le cours des événements dans la vie économique du pays et d’assurer la direction de l’économie nationale. C’est s’écarter du marxisme et rejoindre les positions de l’idéalisme subjectif, c’est aller inévitablement à une politique d’aventures, à l’arbitraire dans la gestion pratique de l’économie.

Le caractère objectif des lois économiques du socialisme ne signifie nullement qu’elles agissent comme une force spontanée qui domine les hommes, et que ceux-ci sont impuissants en face d’elles. Cette fétichisation des lois économiques conduit inévitablement à la théorie du laisser-faire et de la spontanéité dans la construction du socialisme. Elle est profondément opposée au marxisme-léninisme. En régime socialiste, la propriété privée des moyens de production ayant été remplacée par la propriété sociale, la société acquiert de larges possibilités de connaître et d’utiliser les lois du développement économique.

Si les lois économiques du capitalisme se fraient un chemin comme une force aveugle, destructrice, qui agit à l’insu des producteurs de marchandises privés, le socialisme fait disparaître l’anarchie de la production et confère au développement économique de la société un caractère organisé. Une fois le capitalisme aboli et les moyens de production socialisés, les hommes deviennent les maîtres de leurs rapports sociaux et économiques. Ayant appris à connaître les lois objectives, ils peuvent s’en rendre maîtres et les appliquer en connaissance de cause dans l’intérêt de toute la société.

Après le passage au socialisme, soulignait Engels,

les lois de leur propre pratique sociale qui, jusqu’ici, se dressaient devant eux comme des lois naturelles, étrangères et dominatrices, sont dès lors appliquées par les hommes en pleine connaissance de cause, et par là dominées. La vie en société propre aux hommes qui, jusqu’ici, se dressait devant eux comme octroyée par la nature et l’histoire, devient maintenant leur acte propre et libre. Les puissances étrangères objectives qui, jusqu’ici, dominaient l’histoire, passent sous le contrôle des hommes eux-mêmes. Ce n’est qu’à partir de ce moment que les hommes feront eux-mêmes leur histoire en pleine conscience ; ce n’est qu’à partir de ce moment que les causes sociales mises par eux en mouvement auront aussi d’une façon prépondérante, et dans une mesure toujours croissante, les effets voulus par eux. C’est le bond de l’humanité du règne de la nécessité dans le règne de la liberté. (F. Engels, Anti-Dühring, p. 322.)

Il s’agit ici de la liberté au sens marxiste, c’est-à-dire de la liberté en tant que nécessité comprise, considérée comme le fondement de l’activité consciente des hommes.

Dans la société capitaliste, le caractère anarchique du développement économique et les œillères de classe de la bourgeoisie limitent étroitement la connaissance des lois économiques du capitalisme qui, en fin de compte, entraînent la faillite du régime capitaliste et la victoire du socialisme. La bourgeoisie, dans la mesure où elle est capable de connaître les lois économiques objectives, utilise ces dernières dans ses intérêts égoïstes de classe qui sont en contradiction avec les intérêts des masses laborieuses. Les intérêts de classe du prolétariat correspondent entièrement à la marche objective du développement progressiste de la société, développement qui conduit à la victoire du communisme, et ils coïncident avec ceux de l’immense majorité de la société. En régime socialiste, il n’y a pas de conditions sociales de classe qui empêchent les hommes d’acquérir une entière connaissance des lois du développement économique et de les mettre au service de la société. La classe ouvrière, tous les travailleurs ont un intérêt vital à connaître et à utiliser les lois du développement économique.

La domination de la propriété sociale des moyens de production et le caractère harmonieux du développement de l’économie socialiste font de la connaissance et de l’utilisation des lois économiques une nécessité objective, car il est impossible, sans cela, de diriger d’une façon planifiée la construction du communisme.

Les lois économiques du socialisme donnent la possibilité de développer et de faire progresser l’économie socialiste dans la voie du communisme. Mais, pour que cette possibilité devienne une réalité, il faut appliquer ces lois économiques objectives en connaissance de cause. La connaissance scientifique et l’application correcte des lois économiques objectives est à la base de la politique économique du Parti communiste et de l’État socialiste. La société socialiste atteint d’autant mieux ses objectifs qu’elle connaît mieux les lois économiques et qu’elle en reflète plus fidèlement les exigences dans son activité pratique. Pour appliquer les lois économiques en pleine connaissance de cause, il faut apprendre à tenir compte, sous tous leurs aspects, des conditions économiques et politiques concrètes dans lesquelles ces lois agissent à l’intérieur de chaque période considérée.

Date: 2010-2014