Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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30.2. Les traits et les exigences essentiels de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale.

La loi du développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale est le régulateur de la production socialiste ; c’est en fonction de cette loi que s’effectue la répartition des moyens de production et de la main-d’œuvre entre les différentes branches de l’économie socialiste. Cette loi exige une gestion planifiée de l’économie nationale, un développement proportionné de toutes les branches de l’économie socialiste, l’utilisation la plus complète et la plus efficace des ressources matérielles, de la main-d’œuvre et des ressources financières du pays.

La loi du développement harmonieux de l’économie nationale signifie avant tout qu’il est nécessaire de maintenir des proportions déterminées entre les parties et les éléments de l’économie nationale. Lénine indiquait que l’harmonie signifie le maintien conscient de proportions constantes.

Mais la loi du développement harmonieux n’indique pas la tâche à l’accomplissement de laquelle doivent être subordonnées les proportions à établir dans l’économie nationale. Le caractère des proportions dans l’économie socialiste est déterminé par les exigences de la loi économique fondamentale du socialisme.

La loi du développement harmonieux de l’économie nationale ne peut donner l’effet voulu que dans le cas où il y a une tâche au nom de laquelle ce développement se poursuit… Cette tâche est contenue dans la loi économique fondamentale du socialisme.

J. Staline, « Les problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. », Derniers écrits, p. 130-131.

La loi du développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale joue donc le rôle de régulateur de la production dans l’économie socialiste conformément aux exigences de la loi économique fondamentale du socialisme.

Celles-ci sont, à chaque étape, réalisées en fonction du niveau de développement des forces productives, des ressources matérielles existantes, de la conjoncture intérieure et extérieure que connaît le pays du socialisme. C’est sous cet angle et conformément à la loi du développement harmonieux, proportionné, que sont déterminées les proportions dans l’économie nationale.

Ce qu’il faut avant tout, parmi les principales proportions du développement de l’économie nationale, c’est une juste corrélation entre la production des moyens de production et celle des objets de consommation. Pour qu’il y ait augmentation constante de la production sur la base d’une technique supérieure, les branches produisant des moyens de production doivent, nous l’avons dit, se développer plus rapidement que les branches fournissant des objets de consommation. Du développement de l’industrie lourde dépendent l’équipement technique et le progrès ininterrompu de toutes les branches de l’économie nationale, et notamment des industries légère et alimentaire, produisant des objets de consommation courante.

La justesse des proportions à établir entre les deux sections de la production sociale exige donc avant tout le développement prioritaire des branches fabriquant des moyens de production, et en tout premier lieu de l’industrie lourde et des constructions mécaniques qui en sont en quelque sorte le cœur ; d’autre part, elle exige le progrès des branches produisant des objets de consommation, dans la mesure indispensable pour satisfaire au maximum, compte tenu du niveau des forces productives, les besoins sans cesse croissants des masses populaires.

Le développement des branches de l’industrie soviétique produisant des objets de consommation courante prend appui sur l’essor de l’industrie lourde. De 1925 à 1954, la production des moyens de production a, dans son ensemble, été multipliée par plus de 60, et celle des objets de consommation par 14. Par rapport à 1940, la production des moyens de production dans toute l’industrie a été multipliée en 1954 par près de 3,5, et celle des objets de consommation a doublé. Le niveau atteint et le rythme de développement de la production des objets de consommation courante ne correspondent pas encore aux besoins accrus de la population dans ce domaine. Les succès remportés par l’industrie lourde au cours du cinquième plan quinquennal ont créé les conditions concrètes permettant de développer rapidement la production des objets de consommation courante.

Aussi, tout en continuant à développer en premier lieu l’industrie lourde, le Parti communiste et l’État soviétique appliquent-ils un vaste programme dont l’exécution entraînera un rapide essor de l’agriculture ainsi que des industries légère et alimentaire, afin d’assurer à bref délai une augmentation notable de la production des objets de large consommation et de poursuivre l’élévation du niveau de vie matérielle et culturelle du peuple soviétique.

L’établissement de justes proportions entre l’industrie et l’agriculture a une importance primordiale pour le développement harmonieux de l’économie nationale. Il s’agit d’assurer, d’une part, le rôle déterminant de l’industrie qui fournit un outillage perfectionné à l’agriculture et des articles industriels aux campagnes, et d’autre part, de nouveaux progrès de la production des kolkhoz et des sovkhoz qui procurent les denrées alimentaires à la population des villes et des matières premières à l’industrie.

L’agriculture socialiste a remporté d’importants succès grâce an régime kolkhozien. Mais ses rythmes de développement ne suffisent pas pour satisfaire les besoins croissants de la société en produits agricoles. De 1940 à 1952, la production industrielle a augmenté de 130 % et la production globale de l’agriculture (à parité des prix) de 10 % seulement. Des secteurs aussi importants que la culture des céréales, l’élevage, la production de la pomme de terre et des légumes sont particulièrement en retard. Par suite, la disproportion était devenue manifeste entre les besoins accrus de la population en blé, viande, produits laitiers, légumes, fruits, etc., d’une part, et le niveau de la production agricole, d’autre part.

Ce retard de l’agriculture par rapport aux besoins croissants de la société ne permettait pas d’élever la consommation au niveau qu’elle aurait pu atteindre étant donné le développement industriel du pays. Le puissant essor de l’industrie lourde a créé les conditions nécessaires à un progrès rapide de l’agriculture socialiste. Il est devenu possible et nécessaire d’accélérer sensiblement les rythmes du développement de la production agricole. Aussi la séance plénière de janvier 1955 du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique a-t-elle fixé la tâche, au cours des cinq ou six années à venir, de porter la récolte annuelle globale des céréales à 10 milliards de pouds au moins et de multiplier par deux et plus la production des principaux produits de l’élevage, afin de pouvoir satisfaire largement les besoins croissants de la population en denrées alimentaires et de fournir à l’industrie légère et à l’industrie alimentaire les matières brutes dont elles ont besoin.

Il existe une étroite corrélation entre l’industrie et l’agriculture, de même qu’entre les différentes branches de l’industrie et de l’agriculture. Pour que la production puisse se développer sans à-coups, des proportions correctes sont donc nécessaires non seulement entre l’industrie et l’agriculture, mais aussi entre les différentes branches industrielles (par exemple entre les industries d’extraction et les industries de transformation) et les diverses branches de l’agriculture. C’est ainsi qu’un retard prolongé de l’élevage freine le développement continu des industries légère et alimentaire. De leur côté, les progrès de l’élevage sont contrecarrés par l’insuffisance de la base fourragère, par le retard de la production des céréales. L’État soviétique remédie à cette disproportion en stimulant énergiquement l’extension de l’élevage, de sa base fourragère et de la production des céréales.

Pour que la demande sans cesse accrue de denrées agricoles et d’articles industriels par les masses laborieuses soit satisfaite régulièrement et sans à-coups, il doit exister entre les revenus en espèces toujours plus élevés de la population et la quantité des marchandises destinées à la consommation individuelle une corrélation qui tienne compte du niveau des prix ; il faut aussi de justes proportions entre l’augmentation de la production des objets de consommation courante et le développement du commerce.

L’augmentation considérable, au cours de ces dernières années, du salaire réel des ouvriers et des employés, ainsi que des revenus des kolkhoziens, a eu pour résultat que la demande des travailleurs croît plus vite, pour diverses marchandises, que la production des articles de consommation et des denrées alimentaires. Supprimer cette disposition, tel est l’objectif que s’assigne le programme d’essor rapide de l’agriculture et d’accroissement de la production des articles industriels et des denrées alimentaires sur la base du développement continu de l’industrie lourde, programme que le Parti communiste et l’État soviétique ont adopté et réalisent avec succès.

Le socialisme a mis fin à l’antagonisme, propre au capitalisme, entre l’accumulation et la consommation. Conformément à la loi économique fondamentale du socialisme, des proportions correctes entre l’accumulation et la consommation doivent assurer le progrès ininterrompu de la production socialiste, avec développement prioritaire de la production des moyens de production, pour pouvoir utiliser les techniques les plus modernes, aussi bien que l’élévation méthodique du niveau d’existence matériel et culturel des masses populaires.

Les proportions dans la répartition des ressources entre les branches de l’économie nationale dépendent pour beaucoup de l’utilisation plus ou moins rationnelle de ces ressources. Par exemple, si la dépense moyenne de métal par machine-outil diminue, il s’ensuit une diminution du besoin total de métal dans les constructions mécaniques, ou bien une augmentation de la production de machines-outils, ce qui entraîne à son tour un changement de proportions entre la métallurgie et les constructions mécaniques. Utiliser rationnellement les ressources est l’une des conditions assurant le développement continu et rapide de la production.

Le développement proportionné de l’économie nationale exige que la production socialiste soit rationnellement répartie entre les différentes régions du pays : que l’industrie se rapproche des sources de matières premières et des régions consommatrices ; que soit assuré le développement économique complexe des différentes régions, compte tenu de leurs particularités, en associant de façon judicieuse l’activité des diverses branches de production et en utilisant le plus complètement possible les ressources locales ; que soit réduit le nombre des transports lointains et irrationnels par chemin de fer et par eau ; que les républiques des minorités nationales progressent sur le plan économique et culturel.

La répartition socialiste de la production s’appuie sur la division du pays en régions économiques. La division en régions économiques est la division planifiée de tout le territoire du pays en grandes régions suivant leurs particularités économiques et naturelles.

Ainsi qu’il a été dit, les avantages du régime socialiste ont permis de remporter de grands succès dans la répartition rationnelle de la production en U.R.S.S. Toutefois, ces avantages sont encore loin d’être utilisés dans leur totalité, d’où des défauts dans la répartition de la production, qui engendrent des disproportions partielles dans l’économie nationale, entravent une utilisation plus rationnelle et plus efficace des ressources locales et donnent lieu à des transports sur de trop longues distances, ainsi qu’à des allers et retours inutiles.

Ainsi, la disproportion entre la production et la consommation de certains types de laminés sidérurgiques dans le Sud, dans l’Oural et en Sibérie orientale entraîne inévitablement des transports croisés considérables de métaux ferreux. Le retard de l’extraction du charbon sur sa consommation dans la partie européenne de l’U.R.S.S. rend nécessaire le transport de charbon sur des distances énormes.

Chaque année, près de 2 000 wagons de laine brute sont transportés d’Asie centrale et de Sibérie dans les usines de dessuintage ukrainiennes, tandis que 500 wagons de laine dessuintée sont expédiés d’Ukraine en Sibérie, en Asie centrale et en Extrême-Orient.

Il est devenu urgent de mettre au point sur des bases scientifiques, un schéma de développement et de répartition des principales branches industrielles de l’U.R.S.S. pour les 10 ou 15 prochaines années.

Pour passer du socialisme à la phase supérieure du communisme, il importe d’établir, dans le développement de l’économie nationale, des proportions qui assurent l’affermissement et l’essor continus de la production socialiste, la création graduelle de la base matérielle de production du communisme et l’abondance des produits.

Étant donné qu’un certain nombre de puissances capitalistes pratiquent la course aux armements et que les milieux agressifs de l’impérialisme échafaudent les plans d’une guerre dirigée contre les pays du camp socialiste, il est nécessaire de maintenir dans l’économie nationale des proportions qui garantissent au pays du socialisme une solide base économique en cas d’agression du dehors. Les progrès rapides de l’industrie socialiste et de la production kolkhozienne sont une condition essentielle du renforcement de l’indépendance économique et de la capacité de défense de l’U.R.S.S.

L’existence d’un camp socialiste puissant et uni rend indispensable la coordination planifiée de l’économie de tous les pays qui le composent.

La politique de coopération économique et d’entraide qui existe entre l’U.R.S.S. et les pays de démocratie populaire facilite la construction du socialisme, renforce l’indépendance économique de ces pays vis-à-vis du monde capitaliste et leur capacité de défense, contribue à l’édification du communisme en Union soviétique.

Date: 2010-2014