Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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31.3. La répartition selon le travail, loi économique du socialisme.

Le mode de protection socialiste détermine la forme de répartition qui lui correspond. Engels écrivait que, dans la société socialiste,

la répartition, pour autant qu’elle sera dominée par des préoccupations purement économiques, se réglera par l’intérêt de la production, et que la production sera le plus favorisée par un mode de répartition permettant à tous les membres de la société de développer, de maintenir et d’exercer leurs facultés avec le maximum d’universalité. (F. Engels, Anti-Dühring, p. 232-233.)

En régime socialiste, la répartition selon le travail répond à cette exigence.

Dans la première phase du communisme, les forces productives n’ont pas encore atteint ce haut degré de développement qui assure l’abondance des produits, indispensable pour pouvoir effectuer la répartition selon les besoins. En régime socialiste, ainsi qu’il a été dit, le travail n’est pas encore devenu le premier besoin vital pour toute la masse des travailleurs et un stimulant matériel des producteurs est donc nécessaire. Il subsiste des différences, dans la société socialiste, entre le travail simple et le travail qualifié, entre les travaux plus ou moins pénibles, entre le travail des gens consciencieux et de ceux qui prennent leurs obligations à la légère. Par conséquent, la répartition des objets de consommation doit tenir compte des différences entre la quantité et la qualité du travail que fournit chacun dans la production sociale.

D’où la nécessité de la part « de la société et de l’État qu’ils exercent le contrôle le plus rigoureux sur la mesure du travail et la mesure de la consommation ». (V. Lénine, « L’État et la révolution », Œuvres, t. 25, p. 507.) La société socialiste doit contrôler la participation de ses membres au travail, tenir compte de leur plus ou moins grande qualification, déterminer les normes du travail et le taux de sa rétribution afin que celui qui travaille plus et mieux reçoive une part plus grande du produit du travail social.

Le seul mode possible et nécessaire de répartition des biens matériels en régime socialiste est donc la répartition selon le travail.

En intéressant matériellement chaque travailleur aux résultats de son travail, elle contribue puissamment à développer la production. Et parce qu’elle stimule la productivité du travail, elle concourt au mieux-être croissant des travailleurs.

En établissant un rapport direct entre la part du produit du travail social qui revient à chaque travailleur et le degré de sa participation à la production sociale, la répartition selon le travail établit un lien entre l’intérêt personnel du travailleur et les intérêts généraux de l’État.

Elle fait une nécessité de tenir rigoureusement compte de la différence entre le travail qualifié et le travail non qualifié. Une rémunération supérieure récompense le travail qualifié ; l’ouvrier non qualifié est ainsi poussé à améliorer sa valeur professionnelle pour devenir un ouvrier qualifié. Cela stimule l’essor du niveau culturel et technique des travailleurs et entraîne la disparition graduelle de la différence essentielle entre le travail intellectuel et le travail manuel.

La répartition selon le travail permet d’en finir avec les fluctuations de la main-d’œuvre, de créer des cadres permanents et d’améliorer ainsi l’organisation du travail dans les entreprises. Sans un personnel permanent qui connaît à fond la technique et possède l’expérience de son métier, il est impossible de développer la production socialiste.

La répartition selon le travail est donc une nécessité objective, une loi économique du socialisme.

La loi économique de la répartition selon le travail exige que les produits soient répartis en fonction directe de la quantité et de la qualité du travail de chacun, qu’il soit attribué un salaire égal pour un travail égal, indépendamment du sexe, de l’âge, de la race et de la nationalité des citoyens de la société socialiste. La rémunération du travail, dans l’industrie comme dans l’agriculture, doit s’effectuer conformément à cette loi.

Le Parti communiste et l’État soviétique appliquent la loi économique de la répartition selon le travail en soutenant une lutte énergique contre l’égalitarisme petit-bourgeois, c’est-à-dire contre le nivellement des salaires indépendamment de la quantité et de la qualité du travail fourni, de la valeur professionnelle du travailleur, de la productivité du travail. L’égalitarisme traduit une conception petite-bourgeoise du socialisme qui serait alors une uniformisation universelle, qu’il s’agisse de la consommation, des conditions de vie, des goûts ou des besoins. Il cause un grave préjudice à la production, entraîne l’instabilité de la main-d’œuvre, la baisse de la productivité du travail, la non-exécution des plans. Dénonçant cette interprétation petite-bourgeoise du socialisme, Lénine a défini la conception marxiste de l’égalité. Par égalité, le marxisme entend non pas l’égalité des aptitudes physiques et intellectuelles, mais l’égalité sociale, économique ; c’est-à-dire l’abolition, égale pour tous, de la propriété privée des moyens de production et de l’exploitation, la possibilité, égale pour tous, de travailler en utilisant les moyens de production socialisés, le devoir, égal pour tous, de travailler, le principe, applicable à tous, de la rémunération selon le travail.

Date: 2010-2014