Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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32.3. Le caractère de l’action de la loi de la valeur en régime socialiste.

La loi de la valeur continue à jouer en régime socialiste dans la mesure où il existe une production et une circulation marchandes. Sous le régime économique du socialisme, l’action de la loi de la valeur s’exerce dans un cadre strictement limité. Le rôle de cette loi est restreint par la socialisation des moyens de production à la ville et à la campagne, par le rétrécissement de la sphère de la production et de la circulation marchandes, par l’action des lois économiques du socialisme, et avant tout de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale, par la planification de l’économie nationale, et plus généralement par toute l’activité économique de l’État socialiste.

En régime socialiste, la loi de la valeur ne peut jouer le rôle de régulateur de la production. Ainsi qu’il a été montré, c’est la loi du développement harmonieux, proportionné, qui est le régulateur de la production socialiste. L’État socialiste crée des entreprises, des branches entières de production non pour réaliser des profits, mais en s’inspirant des exigences de la loi économique fondamentale du socialisme et de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale. Si la loi de la valeur jouait dans la société socialiste le rôle de régulateur de la production, les branches et les entreprises de l’industrie légère, les plus rentables, s’y développeraient en premier lieu, et l’on fermerait les entreprises de l’industrie lourde, très importantes pour l’économie nationale mais qui, pendant un certain temps, peuvent ne pas être rentables. Or, en U.R.S.S., les entreprises qui, au début, sont non ou peu rentables, mais sont indispensables à l’économie nationale, loin d’être fermées, sont conservées et encouragées, et des mesures sont prises pour les rendre rentables.

Si, en régime capitaliste, la loi de la valeur agit comme une force aveugle qui domine les hommes, dans l’économie socialiste l’action de la loi de la valeur est au contraire étudiée, prise en considération et utilisée par l’État pour planifier l’économie nationale.

Le champ d’action de la loi de la valeur s’étend, en régime socialiste, tout d’abord à la circulation et à l’échange des marchandises, surtout des articles d’usage personnel. Ici, la loi de la valeur conserve, dans certaines limites, un rôle régulateur. Le rôle régulateur de la loi de la valeur dans la sphère de la circulation marchande se manifeste en premier lieu par l’intermédiaire des prix.

Lorsqu’il planifie les prix, l’État socialiste prend en considération et utilise l’action de la loi de la valeur. Le problème du bien-fondé économique des prix planifiés est de la plus grande importance pour le développement de l’économie nationale.

Tous les principaux problèmes économiques, et par suite politiques, de l’État soviétique interfèrent dans le problème des prix. L’établissement de rapports corrects entre la paysannerie et la classe ouvrière, le développement interdépendant et réciproquement conditionne de l’agriculture et de l’industrie… la garantie du salaire réel, la consolidation du tchervonets1… tout cela est fonction du problème des prix.

Résolution de l’assemblée plénière de février 1927 du Comité central du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., Le P.C.U.S. dans les résolutions et décisions de ses congrès, de ses conférences et des assemblées plénières du Comité central, 2e partie, p. 225 (éd. russe).

L’État établit les prix de manière à compenser les dépenses et à assurer une certaine rentabilité aux entreprises ; il tient compte de la quantité de telles ou telles marchandises, de leur importance respective pour l’économie ; au moyen des prix, il stimule la production de tels ou tels articles, en règle la demande. L’État soviétique pratique une politique systématique de baisse des prix, qui vise à accroître le bien-être de la population.

En établissant les prix des articles d’usage personnel, l’État tient compte non seulement de la valeur, mais aussi du rapport de l’offre et de la demande. Ignorer l’offre et la demande peut entraîner une forte baisse de la demande des marchandises dont les prix sont trop hauts, et par contre une hausse artificielle de la demande des marchandises dont les prix sont excessivement bas.

Le rôle régulateur de la loi de la valeur se manifeste avant tout sur le marché kolkhozien où les prix s’établissent en fonction de l’offre et de la demande, le mouvement des prix influant sur le volume et la structure du commerce kolkhozien. Mais l’État socialiste exerce une action économique considérable sur le marché kolkhozien, du fait que la grande masse des marchandises est vendue dans les magasins de l’État et des coopératives aux prix fermes fixés par le plan.

L’action régulatrice de la loi de la valeur dans la sphère de la circulation marchande s’exerce à l’intérieur d’un cadre limité. Le « libre jeu des prix » n’existe pas dans le commerce d’État et le commerce coopératif. L’État socialiste établit des prix qui diffèrent plus ou moins de la valeur des marchandises. Ce faisant, il s’inspire avant tout de la nécessité, déterminée par la loi économique fondamentale du socialisme, d’assurer une augmentation constante de la production sur la base d’une technique supérieure, en vue de satisfaire les besoins croissants de toute la société. Il met à profit le mécanisme des prix pour établir, dans la répartition des ressources entre les différentes branches, les proportions que commandent les besoins du développement harmonieux de l’économie nationale. C’est ainsi, par exemple, que l’État, grâce à une politique des prix appropriée, utilise une partie des revenus provenant de certaines branches pour assurer le développement rapide d’autres branches.

L’action de la loi de la valeur ne se limite pas à la sphère de la circulation marchande. Elle exerce aussi une influence sur la production socialiste.

Par l’intermédiaire des prix, la loi de la valeur agit sur la production kolkhozienne. Le niveau et les rapports des prix de réalisation de leurs produits par les kolkhoz et les kolkhoziens exercent une influence considérable en stimulant matériellement la production de telle ou telle denrée agricole. On ne saurait, par exemple, établir le même prix pour une tonne de coton et une tonne de blé livrés à l’État, et négliger ainsi le fait que la valeur du coton est très supérieure à celle du blé. On ne doit pas non plus fixer pour celui-ci des prix trop bas, car cela diminuerait l’intérêt matériel qu’ont les kolkhoz et les kolkhoziens à produire du blé et serait préjudiciable au développement de la culture des céréales.

Ainsi, des prix de stockage économiquement justifiés pour le coton et certaines autres cultures industrielles en ont favorisé la production. La production a au contraire été freinée quelque temps pour la pomme de terre, les légumes, le lait, la viande et le blé en raison des prix de stockage et d’achat trop bas établis pour ces produits Le relèvement notable du prix de ces produits, pratiqués de 1953 à 1955, en a puissamment stimulé la production.

L’action de la loi de la valeur sur les industries légère et alimentaire tient au fait que les articles d’usage personnel qu’elles produisent sont des marchandises. La valeur des matières premières produites par les kolkhoz en tant que marchandises entre dans la valeur des articles de consommation industriels. Une partie de la valeur nouvellement créée de ces articles sert à compenser les dépenses monétaires effectuées pour le paiement des salaires, et une autre partie forme le revenu de l’entreprise, lui aussi exprimé en monnaie. Par ailleurs, la production des articles de consommation industriels entraîne l’usure des moyens de travail : machines, bâtiments d’exploitation, qui ne sont pas, au fond, des marchandises. Tous les autres éléments qui composent la valeur des articles de consommation industriels ayant une valeur exprimée en monnaie, les moyens de travail doivent, eux aussi, être exprimés et calculés en monnaie.

Bien que les moyens de production qui sont produits et circulent à l’intérieur du secteur d’État ne soient pas, quant au fond, des marchandises, ils n’en ont pas moins la forme valeur, étant donné qu’ils conservent la forme marchande. C’est dans ce sens qu’on parle de la valeur des moyens de production, de leur prix de revient, de leur prix, etc. Il faut se rappeler à ce propos que ces catégories dissimulent les rapports de production du secteur socialiste d’État, lesquels n’ont pas, quant au fond, un caractère marchand.

C’est que, écrit J. Staline, dans nos conditions socialistes, le développement économique se fait non par révolutions, mais par modifications graduelles, lorsque l’ancien n’est pas purement et simplement aboli, mais change de nature pour s’adapter au nouveau et ne conserve que sa forme ; le nouveau, pour sa part, ne supprime pas purement et simplement l’ancien, mais le pénètre, modifie sa nature, ses fonctions, sans briser sa forme mais en l’utilisant pour le développement du nouveau.

J. Staline, « Les Problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. », Derniers écrits, p. 142.

En régime socialiste, la forme valeur des moyens de production présente une grande importance pour l’économie nationale. L’action de la loi de la valeur sur la production des moyens de production s’exerce par l’intermédiaire des articles de consommation nécessaires pour compenser la force de travail dépensée. En tant que marchandises, les produits de consommation ne peuvent être achetés par les ouvriers que contre l’argent qu’ils reçoivent à titre de salaire. D’où la nécessité, dans la production des moyens de production, de calculer en valeur, en monnaie, tous les éléments qui, outre le salaire, entrent dans le prix de revient des produits industriels.

L’action de la loi de la valeur sur la production des moyens de production et des articles de consommation s’exerce à travers le système de la gestion équilibrée, qui repose sur le principe de la compensation en argent des dépenses de travail et stimule l’élévation de la productivité du travail, l’abaissement du prix de revient et l’augmentation de la rentabilité de la production. Connaître l’action de la loi de la valeur et savoir en tirer parti permet aux dirigeants de l’économie de gérer rationnellement la production, d’améliorer méthodiquement les méthodes de travail, de découvrir et d’utiliser les réserves latentes pour obtenir plus de produits.

L’État socialiste utilise la loi de la valeur en contrôlant, par l’intermédiaire des finances et du crédit, la production et la répartition du produit social.

L’utilisation de la loi de la valeur joue un rôle important dans la réalisation de la loi économique de la répartition selon le travail. La forme monétaire du salaire donne le moyen de contrôler la mesure de travail et la mesure de rémunération dans la société socialiste.

En limitant la loi de la valeur, en s’en rendant maître et en l’utilisant méthodiquement, le socialisme s’assure un immense avantage sur le capitalisme. C’est grâce à cette limitation que l’action de la loi de la valeur n’a pas en U.R.S.S. de conséquences destructrices comme les crises, alors qu’en régime capitaliste, malgré les rythmes lents d’accroissement de la production, elle entraîne des crises périodiques de surproduction, le chômage, la destruction d’une partie des forces productives.

Notes
1.

Billet de 10 roubles (N.T.)

Date: 2010-2014