Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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33.2. Les formes du salaire. Le système des tarifs.

Les différentes formes du salaire sont, en régime socialiste, les moyens concrets de réaliser les exigences de la loi économique de la répartition selon le travail.

Le salaire aux pièces est la principale forme de rémunération du travail dans les entreprises socialistes d’État. En 1954, plus des trois quarts des ouvriers de l’industrie soviétique étaient payés aux pièces.

En régime socialiste, le système du salaire aux pièces est celui qui permet le mieux d’intéresser le travailleur aux résultats de son travail. Il diffère radicalement du salaire aux pièces en régime capitaliste, qui repose sur une intensification effrénée du travail et entraîne une élévation du taux de la plus-value, le salaire de l’ouvrier diminuant à mesure que le travail s’intensifie.

En régime socialiste, le montant du salaire de chaque ouvrier est en raison directe de la quantité et de la qualité de son travail. Le salaire aux pièces, qui garantit l’augmentation du salaire parallèlement à l’accroissement de la production par unité de temps, stimule la productivité du travail. Il incite à une utilisation plus complète et plus rationnelle des machines, de l’équipement, des matières premières et du temps de travail, à l’introduction de perfectionnements techniques, à une meilleure organisation du travail et de la production. Il concourt au développement de l’émulation socialiste, une productivité du travail élevée entraînant de hauts salaires.

Le salaire aux pièces direct est le plus répandu. Dans ce système, la rémunération du travail dépend de la quantité de la production effectuée par l’ouvrier pendant un laps de temps déterminé (en pièces, en kilogrammes, en tonnes, en mètres, en litres, etc.) Chaque pièce produite est payée au même tarif, correspondant au genre de travail considéré. Le salaire du travailleur est en raison directe du nombre de pièces de la qualité voulue qu’il a produites.

Avec le salaire aux pièces progressif, l’ouvrier est payé à un tarif invariable s’il accomplit sa norme de production, et à un autre tarif, plus élevé et qui augmente progressivement, pour ce qu’il produit en sus de la norme. La progression des tarifs est la plus forte dans les professions-clés, pour les ouvriers du sous-sol et des ateliers de forge, ou employés à d’autres travaux pénibles. Le système du salaire aux pièces progressif perd de son efficacité lorsque la multiplicité des barèmes rend difficiles l’évaluation du travail et le calcul du salaire, ainsi que l’établissement d’un rapport direct et tangible entre le salaire et la productivité du travail. L’efficacité de ce système diminue aussi quand il existe des différences sensibles injustifiées entre les tarifs de la production réalisée en sus de la norme dans les différentes branches de l’économie.

Dans le salaire aux pièces avec primes, le salaire aux pièces direct est complété par des primes pour des indices déterminés : économie de combustible, d’électricité, diminution du prix de revient, réduction des malfaçons, amélioration de la qualité des articles produits, etc. Dans certaines entreprises, ce système de primes est également appliqué au salaire aux pièces progressif.

Si les conditions du travail rendent impossible le salaire aux pièces individuel (par exemple, quand plusieurs ouvriers travaillent en même temps sur une grande machine ou sur un groupe de machines), le système appliqué est celui du salaire aux pièces par équipe, ou par groupe. Chaque membre de l’équipe reçoit sa part du salaire collectif, compte tenu de son temps de travail et de son habileté professionnelle.

Soulignant la nécessité d’appliquer systématiquement le principe d’un encouragement matériel à ceux qui travaillent bien, la 18e Conférence du P.C. (b) de l’U.R.S.S. avait adopté la décision suivante :

Il faut absolument en finir avec la pratique pernicieuse du nivellement des salaires et faire que le salaire aux pièces et que le salaire avec primes deviennent davantage encore les leviers essentiels de l’élévation de la productivité du travail et, par suite, du développement de toute notre économie nationale.

« Résolution de la 18e Conférence du P.C. (b) de l’U.R.S.S. », Le P.C.U.S. dans les résolutions et décisions de ses congrès, de ses conférences et des assemblées plénières du Comité central, 2e partie, p. 975 (éd. russe).

On a recours au salaire au temps là où le système du salaire aux pièces est inapplicable, ou économiquement irrationnel en raison du caractère même du travail (pointage, gardiennage, fabrication d’appareillages spéciaux, contrôle et réception, etc.) On distingue le salaire au temps simple et le salaire au temps avec primes.

Le salaire au temps simple est différencié d’après la durée du travail et l’habileté professionnelle de l’ouvrier. Le salaire au temps avec primes intéresse davantage l’ouvrier aux résultats de son travail : il reçoit, en sus du taux fixé par unité de temps de travail, une prime pour tels ou tels indices quantitatifs ou qualitatifs : réduction de la durée des réparations, économie de matières premières, de combustible ou d’électricité, fonctionnement impeccable des appareils, réduction des malfaçons, etc.

Le salaire au temps avec primes est largement appliqué pour rémunérer le personnel dirigeant de l’économie, les ingénieurs, les techniciens. Le salaire de cette catégorie de travailleurs (directeurs d’entreprise, ingénieurs en chefs, chefs d’ateliers, contremaîtres, etc.) comporte un traitement fixe mensuel qui dépend de la grandeur de l’entreprise (de l’atelier, de l’équipe, etc.), de son importance économique, de l’ancienneté de l’intéressé, etc., et auquel vient s’ajouter un certain pourcentage de la prime pour l’exécution et le dépassement par l’entreprise de son plan de production marchande, à condition qu’elle ait accompli son plan de production globale, qu’elle ait livré toute la gamme des articles qu’elle est tenue de fournir, et réalisé le plan en ce qui concerne le prix de revient de la production.

Le traitement des enseignants, du personnel médical, des fonctionnaires est également différencié d’après le caractère du travail, l’instruction, l’ancienneté et un certain nombre d’autres indices.

La différenciation très poussée des salaires en tenant compte de l’habileté professionnelle, de la productivité du travail et de la qualité des produits fournis est réalisée par la fixation de normes de travail et par un système de tarifs.

Fixer des normes de travail, c’est déterminer le temps nécessité pour l’accomplissement d’un certain travail (norme de temps), ou le nombre de pièces à produire par unité de temps (norme de rendement). L’économie planifiée ne se conçoit pas sans des normes techniques. Une normalisation judicieuse du travail est une condition essentielle pour diriger le processus de production, améliorer l’organisation et la productivité du travail, supprimer le nivellement des salaires et permettre le déploiement de l’émulation socialiste. Les normes techniques sont une puissante force régulatrice, qui organise à l’entreprise les masses ouvrières autour des travailleurs d’élite et amène les éléments retardataires au niveau des plus avancés.

Les méthodes socialistes de gestion de l’économie exigent l’établissement de normes de rendement progressives, techniquement justifiées, se situant entre les normes qu’exécutent déjà la plupart des ouvriers, et celles qui ont été obtenues par les meilleurs novateurs, les entreprises d’avant-garde. Contrairement aux normes de rendement capitalistes, qui sont un moyen d’intensifier le travail sans retenue, ruinent la santé des ouvriers et abrègent leur existence, les normes de rendement, dans les entreprises socialistes, sont progressives et en même temps parfaitement exécutables par l’ensemble des travailleurs.

L’introduction des normes de rendement progressives s’accompagne d’une lutte énergique contre les éléments conservateurs qui se cramponnent aux normes périmées, trop basses, entravant l’élévation de la productivité du travail et la réalisation des plans. Parmi les normes retardataires, citons notamment les normes « statistiques expérimentales », qui ne tiennent pas compte des progrès réalisés dans la technique et l’organisation de la production, s’alignent sur les ouvriers qui n’ont pas une pratique suffisante de leur machine, et légalisent les pertes de temps dans le travail. En raison du perfectionnement continu de l’outillage, les normes de rendement doivent être périodiquement révisées afin d’être relevées. Une normalisation correcte du travail doit refléter les progrès de l’équipement technique, l’élévation du niveau culturel et technique des ouvriers. Les intérêts de la société socialiste, des masses laborieuses, exigent l’application de normes progressives techniquement justifiées, entièrement conformes au niveau actuel de la technique de la production et qui sont un important facteur d’augmentation de la productivité du travail.

L’estimation de chaque sorte de travail selon l’habileté professionnelle du travailleur, le caractère du travail, les conditions et les particularités de la branche de production correspondante, se fait d’après un système de tarifs, sur la base duquel est établi le niveau des salaires dans les différentes branches de l’économie nationale et pour les différentes catégories de travailleurs.

Le barème, les répertoires des tarifs selon la qualification et les taux de salaire sont les principaux éléments du système des tarifs.

La différenciation des salaires selon la valeur professionnelle des travailleurs est établie en vertu d’un barème. Les ouvriers sont divisés en catégories d’après leur niveau professionnel. L’ouvrier non qualifié est rangé dans la première catégorie et son salaire est pris comme unité. Plus l’ouvrier est qualifié, et plus élevée est la catégorie à laquelle il appartient, plus son salaire est élevé.

Les caractères spécifiques des différents travaux exécutés dans une branche donnée sont consignés dans les répertoires des tarifs selon la qualification, qui servent à déterminer les aptitudes professionnelles de l’ouvrier et à le classer dans telle ou telle catégorie du barème.

Les taux de salaire fixent le montant de la rémunération du travail de l’ouvrier par unité de temps dans les différentes catégories. Ils permettent à l’État socialiste de différencier la rémunération du travail en fonction de l’importance économique de chaque branche, du degré de mécanisation du travail, des particularités des diverses régions économiques, etc.

L’assemblée plénière de juillet 1955 du Comité central du P.C.U.S. a mis en lumière d’importants défauts dans l’organisation des salaires, notamment dans l’établissement des normes de travail et dans l’application du système de tarifs. C’est ainsi qu’un certain nombre d’entreprises appliquent couramment des normes statistiques expérimentales de rendement sous-évaluées ; les barèmes et les taux de salaire ont vieilli et retardent sur le niveau des salaires, qui s’est élevé ; il est inadmissible que soit largement répandue l’habitude d’ajouter divers suppléments aux taux de salaire et aux traitements de base ; les différences entre les salaires des catégories extrêmes sont insignifiantes. La multiplicité des systèmes de rémunération du travail complique les calculs de la rémunération du travail, les rend difficiles à comprendre pour les ouvriers, engendre des discordances dans les salaires d’ouvriers effectuant des travaux identiques. Tout cela fait que les travailleurs ont moins intérêt à élever leur qualification, d’où une tendance au nivellement et une entrave à l’élévation de la productivité du travail.

Un système de tarifs correct permet de réglementer les salaires de telle façon qu’ils stimulent l’élévation de la productivité du travail et intéressent les travailleurs à obtenir une qualification plus élevée.

L’assemblée plénière de juillet 1955 du Comité central du P.C.U.S., ayant mis en lumière les défauts de l’organisation des salaires, a adopté la décision suivante :

Appliquer systématiquement, dans la réglementation des salaires, le principe léniniste qui consiste à intéresser matériellement les travailleurs aux résultats de leur travail. Assurer dans les entreprises une large utilisation des normes de rendement techniquement justifiées, correspondant au niveau de développement actuel de la technique et de l’organisation de la production ; perfectionner l’organisation du travail dans les entreprises, en plaçant tous les ouvriers dans des conditions propices a un travail hautement productif.

Résolutions de l’assemblée plénière de juillet 1955 du C.C. du P.C.U.S., p. 17 (éd. russe).
Date: 2010-2014