Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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33.3. L’augmentation constante du salaire réel en régime socialiste.

En régime socialiste, le salaire réel ne cesse d’augmenter, conformément à la loi économique fondamentale du socialisme.

Les progrès ininterrompus de la production socialiste sur la base d’une technique supérieure et l’élévation de la productivité du travail sont le principal fondement économique de l’augmentation du salaire réel.

Pour que la société socialiste puisse vivre et se développer, l’élévation de la productivité du travail doit toujours dépasser l’augmentation des salaires. C’est à cette seule condition que la société peut disposer des ressources nécessaires pour développer la production, augmenter ses réserves et satisfaire de mieux en mieux les besoins croissants des travailleurs. Si l’augmentation constante de la productivité du travail et de la production sociale est la ferme assise de l’élévation continue du salaire réel, celle-ci entraîne l’accroissement du pouvoir d’achat des travailleurs, qui à son tour stimule sans cesse la production sociale.

Les progrès ininterrompus de la production socialiste ont pour corollaire un accroissement régulier du nombre des ouvriers et des employés, qui est passé en U.R.S.S. de 10,8 millions à la fin de 1928 à près de 47 millions à la fin de 1954, c’est-à-dire qu’il a été multiplié par 4,3, tout en s’accompagnant d’une élévation considérable du salaire réel. En régime capitaliste, la nécessité d’entretenir l’armée de réserve des chômeurs est une lourde charge pour les familles ouvrières et diminue le salaire réel de la classe ouvrière dans son ensemble. L’absence de chômage dans la société socialiste libère la classe ouvrière et toute la société de ce fardeau. La production croissante donne la possibilité de trouver un emploi à tous les membres de la famille aptes au travail, ce qui augmente d’une manière appréciable les revenus de celle-ci.

Les travailleurs de la société socialiste ignorent les lourdes pertes de salaires que subit la classe ouvrière des pays capitalistes en raison des limitations apportées à la rémunération du travail selon le sexe, l’âge, la nationalité et la race.

Dans la société socialiste est réalisé pour la première fois le principe : à travail égal salaire égal, sans distinction de sexe, d’âge, de nationalité et de race. Le travail des enfants est interdit. L’égalité réelle de la femme et de l’homme est assurée par un salaire égal, par l’octroi aux femmes de congés de grossesse avec maintien du salaire, par un vaste réseau de maternités, de crèches et de jardins d’enfants, par des allocations de l’État aux mères de familles nombreuses et aux mères seules. Toute restriction, directe ou indirecte, aux droits du travailleur en matière de rémunération du travail, pour raison de race ou de nationalité, est punie comme un crime des plus graves.

L’augmentation ininterrompue des salaires dans la société socialiste est ensuite conditionnée par les progrès culturels et techniques des travailleurs, par l’élévation de leur valeur professionnelle. En régime capitaliste, le développement de la technique industrielle fait que des couches nombreuses d’ouvriers qualifiés sont supplantées par des machines et reléguées à des travaux non qualifiés moins bien payés. D’autre part, les ouvriers épuisés par l’intensification capitaliste du travail vont grossir les rangs des chômeurs et sont remplacés par des ouvriers mieux portants et plus vigoureux. Dans la société socialiste, l’essor de la production est inséparable d’un progrès technique accéléré. Les anciennes professions manuelles, pénibles, sont remplacées par de nouvelles, fondées sur le travail qualifié, mieux rémunéré et mettant en œuvre les moyens techniques les plus modernes. L’État socialiste verse chaque année, pour récompenser un service prolongé et irréprochable dans la même branche de travail, des sommes importantes à titre de primes d’ancienneté à diverses catégories de travailleurs employés dans l’économie nationale, dans les organismes culturels et dans l’appareil d’État.

Un important facteur d’élévation constante du salaire réel est la politique systématiquement pratiquée par l’État socialiste de baisse des prix des articles de consommation courante et d’augmentation du pouvoir d’achat de la monnaie.

De 1947 à 1954, les prix de détail des articles de consommation courante ont été diminués de 56,5 %, procurant à la population un gain de plusieurs centaines de milliards de roubles, alors que dans les pays capitalistes le coût de la vie a, d’après les chiffres officiels, augmenté de 21 % aux États-Unis et de 40 % en Angleterre.

La nationalisation de la terre a supprimé l’énorme tribut qu’en régime capitaliste les propriétaires de terrains dans les villes prélèvent sur la société en qualité de rente foncière. Dans les pays capitalistes, le loyer, le chauffage et l’éclairage absorbent environ le quart du salaire d’une famille ouvrière. En société socialiste, grâce à la propriété sociale de la terre, de la masse fondamentale des habitations dans les villes et des services municipaux, le loyer et les charges n’entrent que pour une fraction infime dans le budget des familles ouvrières : en U.R.S.S., un peu plus de 4 % en moyenne. C’est là un facteur essentiel de l’élévation du salaire réel.

En Union soviétique, l’ampleur considérable qu’a prise la construction d’habitations assure une amélioration systématique des conditions de logement des travailleurs. Rien que de 1946 à 1954, les entreprises et les services de l’État et des Soviets locaux, ainsi que les habitants des villes et des cités ouvrières bénéficiant de crédits de l’État, ont construit ou rebâti près de 220 millions de m2 de surface habitable. Près de 4,5 millions de maisons ont été en outre construites ou rebâties dans les localités rurales. Pour satisfaire les besoins croissants de la population en logements, il faut continuer à développer la construction d’habitations en améliorant sa qualité.

Les ouvriers et les employés de la société socialiste sont délivrés du lourd fardeau que fait peser sur les masses laborieuses des pays capitalistes la politique fiscale de l’État bourgeois. Dans les pays capitalistes, les impôts élevés réduisent très sensiblement le salaire réel des ouvriers. En U.R.S.S., l’impôt ne prélève qu’une partie infime du salaire ; de plus, son produit est consacré à satisfaire les besoins de l’économie nationale et à financer des mesures d’ordre social et culturel.

Les sommes toujours croissantes dépensées pour ces mesures par l’État socialiste constituent un appoint très important au salaire individuel en argent.

Dans la société socialiste, les assurances sociales des ouvriers et des employés sont obligatoires et entièrement à la charge de l’État, alors qu’en régime capitaliste elles n’ont été instituées que dans peu de pays, et sont en grande partie alimentées par les cotisations des ouvriers eux-mêmes. Le gouvernement soviétique a dépensé au titre des assurances sociales 8,9 milliards de roubles au cours du premier quinquennat, 32,1 milliards au cours du second quinquennat, 79,1 milliards au cours du quatrième quinquennat, plus de 92 milliards durant les quatre années du cinquième quinquennat.

Les ouvriers et les employés de l’U.R.S.S. reçoivent au titre de la sécurité sociale des pensions payées par l’État ; ils ont droit à l’assistance médicale gratuite, reçoivent des places gratuites ou à prix réduits dans les centres de cure, les maisons de repos et les établissements pour enfants ; ils peuvent étudier et améliorer leurs connaissances professionnelles sans qu’il leur en coûte rien ; des bourses sont accordées aux étudiants. Tous les ouvriers et employés ont droit à des congés annuels de deux semaines au moins payés par l’État ; les travailleurs d’un certain nombre de professions bénéficient de congés d’une plus longue durée.

Les crédits affectés par le budget d’État de l’U.R.S.S. aux mesures d’ordre social et culturel ont été multipliés par près de 3,5 de 1940 à 1954. Ceux de l’instruction publique sont passés de 22,5 milliards de roubles à 65,6 milliards ; ceux de la santé publique, y compris les dépenses afférentes aux assurances sociales, de 11,2 milliards à 33,5 milliards ; ceux de la sécurité sociale, de 3,1 milliards à 24,2 milliards ; des sommes considérables sont allouées en outre aux mères de familles nombreuses et aux mères seules : 4,7 milliards de roubles en 1954. Toujours en 1954, la population de l’U.R.S.S. a reçu du budget d’État 146 milliards de roubles du fait de l’augmentation des crédits consacrés aux mesures d’ordre social et culturel, ainsi qu’à d’autres affectations budgétaires visant à élever le bien-être matériel des travailleurs.

Ainsi les dépenses effectuées par l’État et les organisations sociales pour les mesures d’ordre social et culturel permettent de satisfaire de nombreux besoins matériels et culturels des ouvriers et des employés. C’est là un important facteur d’élévation constante du salaire réel. Le salaire réel des ouvriers et des employés de l’U.R.S.S. se trouve de ce fait augmenté d’environ un tiers par rapport à ce qu’ils reçoivent chaque année sous forme de salaire individuel en argent.

L’État socialiste, qui tient en main tous les leviers du bien-être matériel des travailleurs, applique une politique d’élévation constante du salaire réel. Dès 1930, le salaire réel des ouvriers, compte tenu des assurances sociales et des prélèvements effectués sur le revenu net des entreprises (bénéfice) pour améliorer les conditions de vie des ouvriers, atteignait 167 % du niveau de 1913. En 1954, le salaire mensuel moyen des ouvriers et des employés de l’U.R.S.S., comparé à celui de 1940, était à l’indice 206. Les prix de détail dans le commerce d’État et coopératif et sur les marchés kolkhoziens, le loyer et le coût des services de toutes catégories s’élevaient en 1954 à 118 % du niveau de 1940. Le salaire réel des ouvriers et employés soviétiques a donc, de 1940 à 1954, augmenté de 74 % ; et si l’on tient compte de l’augmentation des dépenses de l’État pour les besoins culturels et sociaux de la population, le salaire réel des ouvriers et des employés a plus que doublé au cours de cette période. Le salaire réel des ouvriers de l’U.R.S.S. avait, en 1954, à peu près sextuplé par rapport à ce qu’il était avant la Révolution.

Cet accroissement du salaire réel des ouvriers soviétiques par rapport à l’époque d’avant la Révolution découle de toute une série de facteurs. Le salaire en argent a augmenté beaucoup plus que les prix des marchandises et les redevances pour les charges et services. Le loyer et les charges, qui absorbaient avant la Révolution le tiers du salaire dans les budgets ouvriers, ne dépassent plus environ 6 %. Outre leur salaire individuel, les ouvriers soviétiques reçoivent de l’État des sommes importantes sous la forme de prestations au titre des assurances sociales, d’allocations diverses, d’avantages, de pensions, de bourses, des congés payés, d’instruction gratuite, d’assistance médicale, etc. Par contre, avant la Révolution, les ouvriers ne recevaient presque rien en plus du salaire individuel ; ils ne bénéficiaient généralement pas de congés payés. Dans le calcul du salaire réel, il est tenu compte de l’élimination absolue du chômage en U.R.S.S., ce qui assure le plein emploi à tous les membres de la famille aptes au travail, d’où une réduction considérable du nombre des personnes ne travaillant pas dans les familles ouvrières. Enfin, il faut aussi considérer qu’en U.R.S.S. la journée de travail est nettement plus courte que dans la Russie d’avant la Révolution, et que l’ouvrier reçoit donc un salaire plus élevé pour chaque heure de travail.

L’élévation constante du salaire réel entraîne une amélioration de la nourriture des travailleurs de la société socialiste, une consommation accrue par ceux-ci des articles industriels et l’augmentation de leurs épargnes. En 1954, le montant des sommes déposées par les travailleurs à la caisse d’épargne avait été multiplié par 6,7 par rapport à 1940. Dans la société socialiste, où est garanti le droit au travail, au repos, à une assistance matérielle en cas de vieillesse, de maladie et de perte de la capacité de travail, l’augmentation de l’épargne est un indice direct du bien-être croissant de la population.

Notre révolution, a dit Staline, est la seule qui ait brisé les chaînes du capitalisme, donné au peuple la liberté, et qui ait encore eu le temps de lui donner les conditions matérielles d’une vie aisée. Là réside la force, l’invincibilité de notre révolution.

J. Staline, « Discours prononcé à la première conférence des stakhanovistes de l’U.R.S.S. », Les Questions du léninisme, t. 2, p. 203-204.
Date: 2010-2014