Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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34.1. La gestion équilibrée1 et la rentabilité des entreprises.

Le système économique du socialisme ignore les contradictions du capitalisme, qui entraînent un énorme gaspillage de ressources matérielles et de main-d’œuvre. Comparé à tous les modes de production qui l’ont précédé, le système planifié socialiste de l’économie nationale permet et nécessite la plus grande économie de moyens de production et de travail.

Les nombreuses façons d’économiser qui existent dans la société se ramènent toutes en définitive à une économie du temps de travail, à une économie du travail vivant et passé ; autrement dit, elles se traduisent par une augmentation de la productivité du travail social.

Le temps que la société épargne quand elle produit du blé, du bétail, etc., écrivait Marx, est du temps de gagné pour une autre production, matérielle ou spirituelle. Pour l’individu comme pour la société, la plénitude de son développement, de sa consommation et de son activité dépend du temps économisé.

Archives Marx-Engels, t. 4, p. 119 (éd. russe).

L’économie du temps de travail est, pour la société socialiste, une nécessité objective. C’est l’un des principaux facteurs du progrès ininterrompu de la production.

C’est pourquoi l’application méthodique d’un régime d’économie est de la plus haute importance pour l’économie socialiste. Le régime d’économie est le principe de la gestion socialiste qui consiste à économiser, dans l’intérêt de toute la société, le temps de travail, ainsi que les ressources matérielles et monétaires, dans l’ensemble des entreprises et établissements.

L’application du régime le plus strict d’économie des ressources est une des tâches fondamentales de l’État socialiste sur le plan de l’organisation économique. Le Parti communiste et l’État soviétique mobilisent les masses pour la réalisation d’économies, pour que chaque heure de travail social, chaque unité d’outillage, de combustible, d’énergie, de matières premières produise toujours davantage.

Contrairement à la compression des frais de production en régime capitaliste, réalisée au détriment des travailleurs, en aggravant leurs conditions de travail et en intensifiant l’exploitation, l’économie de travail et de ressources matérielles en société socialiste, s’opère dans l’intérêt de toute la société, entraîne une amélioration de la situation des travailleurs et devient de ce fait la préoccupation de tous.

Dans les entreprises socialistes, le travail vivant et le travail cristallisé sont économisés par la gestion équilibrée. Comme l’a souligné Lénine,

Ce n’est pas en vous appuyant directement sur l’enthousiasme, mais au moyen de l’enthousiasme engendré par la grande révolution, en faisant jouer l’intérêt personnel, l’avantage personnel, en appliquant le principe de la gestion équilibrée, […] (V. Lénine, « Pour le quatrième anniversaire de la révolution d’Octobre », Œuvres, t. 33, p. 51.)

que l’on bâtira le socialisme et que l’on amènera des dizaines et des dizaines de millions d’hommes au communisme.

La gestion équilibrée est une méthode de gestion économique planifiée des entreprises socialistes, conditionnée par l’action de la loi de la valeur, qui exige que les dépenses et les résultats de l’activité économique aient l’argent comme commune mesure, que les frais des entreprises soient compensés par leurs revenus propres, que les ressources soient économisées et que la production soit rentable.

La gestion équilibrée repose sur l’utilisation de la loi de la valeur. Dans l’économie socialiste, les frais et les résultats de la production, les revenus et les dépenses des entreprises socialistes sont, comme il a déjà été dit, exprimés et mesurés sous la forme valeur en termes monétaires. La gestion équilibrée est précisément la méthode de direction socialiste de l’économie qui permet, en utilisant la forme monétaire de la valeur, de procéder aux calculs comptables, de comparer les dépenses et les revenus de l’entreprise, de voir si elle est rentable ou déficitaire.

La gestion équilibrée suppose la nécessité, pour les entreprises, de compenser leurs dépenses par les revenus provenant de la réalisation de leur production aux prix fixés par l’État, et de tenir compte ainsi des exigences de la loi de la valeur.

La gestion équilibrée vise à obtenir les meilleurs résultats économiques avec le minimum de dépenses, à assurer la rentabilité de l’entreprise par l’économie des fonds et l’utilisation rationnelle de toutes les ressources. Est rentable une entreprise dont les ressources provenant de la réalisation de sa production compensent le prix de revient et procurent en outre un revenu. La rentabilité est l’un des principaux indices de l’efficience économique du travail de l’entreprise pendant une période déterminée.

La rentabilité des différentes entreprises et branches de production a une importance énorme pour le développement de notre production. On doit en tenir compte en planifiant la construction aussi bien que la production. C’est l’a b c de notre activité économique au stade de son développement actuel.

J. Staline, « Les problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. », Derniers écrits, p. 145.

La gestion équilibrée stimule matériellement l’amélioration de l’activité économique des entreprises, forme les dirigeants d’entreprise et leurs collaborateurs à la conduite rationnelle de la production, les discipline, leur apprend à évaluer correctement les divers éléments de la production, à introduire les techniques modernes, à élever la productivité du travail, à réduire le prix de revient et à augmenter la rentabilité de la production.

Étant conditionnée par la loi de la valeur, la gestion équilibrée est en même temps un moyen de réaliser les exigences de la loi économique fondamentale, de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale et des autres lois économiques du socialisme.

En incitant à économiser le temps de travail et à mobiliser les réserves internes des entreprises, la gestion équilibrée favorise l’essor ininterrompu de la production socialiste par l’utilisation de la technique moderne et l’élévation continue de la productivité du travail dans l’intérêt de la satisfaction maxima des besoins croissants de toute la société, des masses laborieuses.

Pour satisfaire aux exigences de la loi du développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale, la gestion équilibrée est nécessaire. Elle est un instrument de la direction planifiée des entreprises par l’État. C’est elle qui sert à assurer l’exécution et le dépassement des plans d’État avec le minimum de dépense de travail et de moyens de production et l’utilisation rationnelle de toutes les ressources. Elle sert aussi à contrôler l’exécution des plans selon leurs indices quantitatifs et qualitatifs.

L’économie planifiée socialiste assure non seulement la rentabilité des différentes entreprises et branches de production, mais encore une rentabilité supérieure, impossible à réaliser en régime capitaliste, à l’échelle de toute l’économie nationale. Cela signifie que la rentabilité se définit non seulement du point de vue de telle ou telle entreprise ou branche de production, et non seulement pour une période d’une année, mais aussi sous l’angle de toute l’économie nationale et pendant une longue période. En même temps, l’élévation de la rentabilité des différentes entreprises et des différentes branches de l’économie est la condition nécessaire qui permet d’accélérer les rythmes du développement de toute l’économie nationale.

On a déjà vu qu’il peut exister dans l’économie socialiste, à côté des entreprises rentables, certaines entreprises temporairement non rentables et même déficitaires, mais ayant une grande importance pour l’économie nationale. À ces entreprises l’État socialiste vient en aide en leur accordant des subventions, tout en prenant des mesures pour qu’elles deviennent rentables.

Pendant la guerre de 1941-1945, par exemple, des subventions étaient inévitables pour couvrir le déficit de l’industrie lourde. Mais ce système empêchait d’appliquer le principe de la gestion équilibrée dans toute son ampleur, ôtait de leur efficacité aux stimulants matériels de la réduction des prix de revient. Aussi, après la guerre, le système des subventions a-t-il été aboli à partir du 1er janvier 1949. Cette mesure a été rendue possible par l’élévation de la productivité du travail et la réduction du prix de revient, ainsi que par le relèvement temporaire du prix des produits dans certaines branches de l’industrie lourde. Les prix de gros ont été ajustés aux prix de revient. La suppression des subventions a renforcé le principe de la gestion équilibrée, encouragé les économies de travail et de ressources matérielles dans l’industrie et créé les conditions indispensables à une baisse ultérieure des prix de gros.

Le renforcement de la gestion équilibrée exige des organismes économiques qu’ils interviennent pour faire réaliser les plans d’accumulation par toutes les entreprises ; il est incompatible avec la méthode qui consiste à retirer des moyens aux entreprises travaillant bien pour les remettre à celles qui travaillent mal.

La gestion équilibrée traduit les rapports qui existent entre l’État socialiste et ses entreprises, ainsi qu’entre les différentes entreprises socialistes.

Elle réalise une synthèse de la direction centralisée des entreprises socialistes par l’État, et de l’autonomie de chaque entreprise dans son activité économique pratique. L’autonomie économique pratique de l’entreprise réside en ce qu’elle dispose de moyens matériels et financiers appartenant à l’État et peut faire preuve d’une grande initiative afin de les mettre en oeuvre aussi rationnellement que possible pour exécuter au mieux les objectifs fixés par le plan.

L’État socialiste répartit les moyens de production entre ses entreprises et attribue à chacune les ressources matérielles et l’argent dont elle a besoin pour exécuter ses plans. L’entreprise, entité économique indépendante au point de vue juridique, entre en rapports d’affaires avec d’autres entreprises et organisations, recrute le personnel qui lui est nécessaire, organise sa production, ses services d’approvisionnement et de vente. Elle a un compte à la Banque d’État où elle dépose ses fonds disponibles ; elle peut recourir au crédit bancaire et possède son propre bilan comptable.

L’autonomie des entreprises d’État dans leur activité économique pratique s’exerce dans le cadre de la propriété nationale des moyens de production : l’État socialiste reste le propriétaire des moyens de production qu’il a confiés à telle ou telle entreprise pour qu’elle en fasse usage. Il coordonne l’activité des différentes entreprises compte tenu du rôle de chacune dans le système général de l’économie nationale. Entre les entreprises socialistes, il existe non pas des rapports de concurrence, comme en régime capitaliste, mais des rapports de coopération en vue d’exécuter tels ou tels objectifs dans l’intérêt du peuple tout entier.

La gestion équilibrée suppose que l’entreprise, ses dirigeants sont responsables devant l’État de l’accomplissement du plan et de l’utilisation rationnelle des ressources.

L’entreprise est responsable du paiement aux dates et dans les formes prévues des salaires à ses ouvriers et employés, de l’exécution intégrale et en temps prescrit des versements à effectuer au budget de l’État, de l’emploi régulier des fonds budgétaires et des crédits bancaires qu’elle a reçus.

La gestion équilibrée implique également que l’entreprise est matériellement responsable vis-à-vis des autres entreprises et organisations économiques de l’exécution de ses engagements.

Les relations économiques entre les entreprises sont réglées par des contrats économiques. Selon les dispositions du plan général d’État, les entreprises acquièrent les moyens de production dont elles ont besoin et réalisent leur production.

Le contrat détermine les conditions et les délais de livraison, le volume, l’assortiment, la qualité de la production, le prix, les délais et les modalités de paiement, les responsabilités et le montant des pénalités encourues pour toute infraction à ses clauses.

La stricte observation du contrat par les entreprises est l’un des principaux éléments requis par la gestion équilibrée.

Celle-ci repose sur l’intérêt matériel de l’entreprise et de tout son personnel, dirigeants compris, à l’accomplissement du plan, à l’augmentation ininterrompue et rapide de la production, à une gestion économe et rationnelle, à la rentabilité de l’entreprise.

L’intérêt matériel de l’entreprise et de son personnel à l’exécution du plan, au progrès de la production, est assuré avant tout par le fait que l’entreprise reçoit de l’argent en fonction des résultats de son activité économique. Enfin, une partie du revenu (bénéfice) de l’entreprise reste à sa disposition et sert à compléter les moyens circulants et les investissements, à améliorer les conditions de vie matérielle et culturelle des ouvriers et des employés, à verser des primes aux meilleurs travailleurs.

La gestion équilibrée est liée à l’utilisation de la loi économique de la répartition selon le travail. La répartition selon le travail intéresse matériellement et personnellement le travailleur à l’augmentation de la productivité du travail et à l’économie des ressources, elle affermit le principe de la gestion équilibrée qui, à son tour, concourt à la réalisation conséquente de la loi de la répartition selon le travail et au mieux-être des travailleurs. Plus le revenu de l’entreprise est élevé et plus elle a la possibilité d’encourager les membres de son personnel en améliorant leurs conditions d’existence matérielle et culturelle, en attribuant des primes aux travailleurs d’élite. Mieux le principe de la gestion équilibrée est appliqué, et plus il est versé de primes pour économie de ressources.

La gestion équilibrée suppose un contrôle financier constant de l’activité de l’entreprise et de ses différentes parties. Le contrôle par le rouble s’exerce comme suit : les indices monétaires de l’activité économique de l’entreprise (prix de revient, rentabilité, etc.) permettent d’établir la qualité de son travail ; l’entreprise reçoit de l’argent en fonction de la qualité de son travail, du degré d’exécution du plan ; elle doit s’acquitter en temps voulu de ses obligations financières (remboursement des avances consenties par la banque, versements au budget, etc.) ; elle est tenue de régler à temps ses comptes avec les autres entreprises (fournisseurs ou acheteurs) conformément aux contrats qu’elle a conclus. Le contrôle par le rouble du travail des entreprises est effectué par les organismes économiques et financiers, par le système bancaire. Les entreprises liées entre elles par des contrats exercent un contrôle réciproque par le rouble. À l’intérieur de l’entreprise, le contrôle par le rouble est réalisé par la comptabilisation et la confrontation des dépenses et des résultats de la production exprimés en argent.

Une organisation rationnelle de la production socialiste exige que certains éléments de la gestion équilibrée soient appliqués dans les ateliers et les sections de l’entreprise. L’atelier, la section jouissent d’une certaine autonomie sous le rapport technique, mais non en matière de gestion économique, comme l’entreprise. Aussi la gestion équilibrée n’y est-elle applicable que dans certaines limites. Les éléments de gestion équilibrée applicables dans les ateliers et les sections sont : la comptabilité des dépenses exprimées en termes monétaires, la confrontation de ces dépenses avec les objectifs fixés par le plan, l’encouragement matériel des travailleurs qui ont obtenu les meilleurs résultats en matière d’économie des ressources.

En intéressant matériellement l’entreprise et son personnel aux résultats de la production et à l’exécution du plan, l’application conséquente de la gestion équilibrée stimule l’activité des travailleurs à l’entreprise et l’émulation socialiste des masses pour une utilisation plus complète et plus rationnelle des ressources, pour une gestion bien comprise, dans un esprit d’épargne, de l’économie. La gestion équilibrée vise à assurer une utilisation toujours meilleure de tous les fonds mis à la disposition des entreprises.

Notes
1.
En russe : khozrastchot.
Date: 2010-2014