Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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41.5. La transformation socialiste de l’agriculture.

Pour que le socialisme puisse être construit, les formes socialistes d’économie doivent triompher non seulement à la ville mais aussi à la campagne. La seule solution juste de la question paysanne, c’est, comme l’a montré l’expérience de l’U.R.S.S., le passage des masses paysannes, de la petite exploitation individuelle à la grande exploitation collective. Le groupement graduel et volontaire des petites et moyennes exploitations paysannes en coopératives de production est une nécessité objective pour les pays qui ont entrepris d’édifier le socialisme.

C’est pourquoi les pays de démocratie populaire développent la production des tracteurs et autres machines agricoles, organisent un réseau d’exploitations agricoles d’État qui montrent les avantages de la grande production socialiste, créent des stations de machines et de tracteurs qui assurent le rééquipement technique de l’agriculture. De plus, les masses pauvres et moyennes de la paysannerie bénéficient d’une aide de toute sorte pour développer leurs exploitations, des mesures sont prises pour les amener à adhérer aux différentes formes de coopératives d’achat, de vente et de production.

La transformation socialiste de l’agriculture dans les pays de démocratie populaire a ses particularités. La transformation socialiste de l’économie paysanne s’y réalise alors qu’il existe en U.R.S.S. une agriculture socialiste développée sous la forme de kolkhoz, de S.M.T. et de sovkhoz. La connaissance de l’expérience acquise en Union soviétique dans le domaine de la transformation socialiste de l’agriculture, ainsi que des résultats obtenus par les kolkhoz, les S.M.T. et les sovkhoz, joue un grand rôle pour amener les masses des pays de démocratie populaire dans la voie du socialisme. L’expérience du renforcement des kolkhoz du point de vue de l’organisation et de l’économie en U.R.S.S., les formes d’organisation et de rémunération du travail, de répartition des revenus, etc., sont largement mises à profit lors du groupement des exploitations paysannes en coopératives de production.

Les particularités essentielles du groupement de la paysannerie en coopératives de production dans les pays de démocratie populaire sont dues au fait que la petite propriété paysanne de la terre continue d’exister, alors qu’en U.R.S.S. la collectivisation s’est effectuée quand toute la terre était nationalisée. L’expérience de ces pays montre que la nationalisation immédiate de toute la terre n’est pas partout la condition expresse de l’édification socialiste à la campagne. Dans les pays de démocratie populaire, une partie de la terre retirée aux propriétaires fonciers au cours de la révolution agraire est restée entre les mains de l’État et l’autre est devenue la propriété privée des paysans. Mais par suite de l’interdiction de l’achat et de la vente de la terre et des restrictions apportées à sa location, le maintien de la propriété privée des paysans sur la terre ne conduit pas à une concentration de la propriété foncière chez les éléments capitalistes.

Dans les pays de démocratie populaire, il existe trois types principaux de coopératives agricoles de production qui diffèrent les uns des autres par le degré de socialisation de la terre et des moyens de production ainsi que par les modes de répartition des revenus qui en découlent. Premièrement, les coopératives pour le travail en commun de la terre, où n’est socialisé que le travail nécessaire à l’accomplissement de différents travaux agricoles (labour, semailles, entretien des cultures, récolte) effectués sur les terrains qui restent la propriété de chaque membre de la coopérative. Deuxièmement, les coopératives de production où les moyens de production et le travail sont socialisés, et où les parcelles réunies ne forment plus qu’un seul tenant, tout en restant la propriété privée des membres de la coopérative ; la majeure partie des produits obtenus (70-75 %) est distribuée d’après le nombre des journées-travail, et le reste en fonction de l’étendue des terrains qui représentent l’apport de chacun. Troisièmement, les coopératives où le travail, la terre et les moyens de production sont socialisés et où la répartition des produits s’effectue selon la quantité et la qualité du travail.

Ainsi, à l’heure actuelle, dans les pays de démocratie populaire, les formes suivantes de propriété de la terre existent : la propriété d’État, la propriété coopérative et la propriété privée. La victoire complète du socialisme dans l’agriculture suppose la socialisation de toute la terre, sa transformation en propriété sociale. Le passage à la socialisation de toute la terre s’accomplira sur la base du libre consentement à mesure que la paysannerie, au cours même du développement des coopératives de production et de l’extension de leurs formes supérieures, se convaincra elle-même des avantages incontestables de la grande exploitation collective par rapport aux petites exploitations privées.

La transformation socialiste de l’agriculture se réalise dans les conditions d’une lutte de classes acharnée. Les paysans riches cherchent par tous les moyens à faire échec au groupement des exploitations paysannes en coopératives de production. En même temps qu’ils apportent une aide matérielle de toute sorte aux exploitations pauvres et moyennes, les États de démocratie populaire prennent des mesures pour renforcer les coopératives de production sur le plan économique et sur le plan de l’organisation, et mènent une lutte impitoyable contre les paysans riches.

La Bulgarie comptait, en 1954, plus de 2700 coopératives de production agricole, groupant 52 % des exploitations paysannes, 108 exploitations d’État et 150 stations de machines et de tracteurs. Le secteur socialiste de l’agriculture comprend plus de 60 % des terres cultivées. En Hongrie, les coopératives de production groupent 200 000 familles paysannes environ ; elles occupent 18 % et les exploitations d’État 12 % des terres arables. En Pologne, on comptait, en 1954, plus de 9 300 coopératives de production disposant de 7,5 % des terres arables. Les exploitations agricoles d’État disposent de plus de 12 % des surfaces ensemencées. En Roumanie, à la fin de 1954, on comptait 5 000 exploitations collectives et coopératives réunissant 318 000 familles paysannes avec 1,1 million d’hectares de sol arable, soit plus de 10 %. En Tchécoslovaquie, les coopératives de production cultivent environ 33 % des terres arables et les exploitations d’État environ 10 %. Dans l’agriculture de la République démocratique allemande, en 1955, les domaines populaires disposaient de 4 % et les coopératives de production agricole de 18 % de toutes les superficies utiles à l’agriculture.

Au cours de la transformation socialiste des campagnes, deux sortes de fautes ont été commises dans les pays de démocratie populaire : d’une part, l’accélération artificielle du groupement des exploitations paysannes en coopératives et la violation du principe de l’adhésion volontaire ; d’autre part, la sous-estimation de la nécessité d’organiser et de diriger le mouvement pour la formation de coopératives, le laisser-faire en ce domaine. Les partis communistes et ouvriers des pays de démocratie ouvrière combattent vigoureusement ces deux erreurs.

Grâce aux transformations socialistes réalisées à la campagne, des succès notables ont été remportés, dans les pays de démocratie populaire, en ce qui concerne le développement de l’agriculture et l’élévation du bien-être de la paysannerie. Mais les progrès de la production agricole retardent fortement encore sur ceux de la production industrielle et sont insuffisants pour satisfaire les besoins croissants de l’économie nationale et de la population.

Il est donc très important, pour l’économie nationale dans son ensemble, d’assurer dorénavant un essor rapide à l’agriculture. Pour y parvenir, il faut continuer à développer les coopératives de production, à renforcer les coopératives existantes sur le plan économique et le plan de l’organisation, à améliorer le fonctionnement des exploitations agricoles d’État.

En même temps qu’il applique une ligne générale commune conduisant à la transformation socialiste graduelle de l’agriculture, le pouvoir d’État des pays de démocratie populaire utilise les possibilités de développement de l’exploitation du paysan travaillant individuellement, possibilités qui ne sont pas encore épuisées, en vue d’assurer un nouvel essor à l’agriculture. Une aide matérielle, d’ordre technique et agronomique, ainsi que des crédits sont accordés dans ce but aux paysans travaillant individuellement ; on stimule le développement de leurs exploitations par l’alliance commerciale de la ville et de la campagne, par les conditions avantageuses des contrats, par une politique fiscale et de stockage correspondante. Tout cela concourt à l’essor de l’agriculture et à l’affermissement de l’alliance entre la classe ouvrière et la paysannerie.

Date: 2010-2014