Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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42.2. Le caractère de la révolution chinoise.

La révolution populaire, qui a triomphé en Chine en 1949, avait de profondes racines historiques. Pendant longtemps, les impérialistes étrangers et l’État des féodaux et des compradores ont pillé et opprimé le peuple chinois. Le joug impérialiste et les méthodes féodales d’exploitation ont exacerbé à l’extrême les contradictions de classes et ont conduit le pays au bord de la catastrophe économique et politique. La révolution populaire est devenue la seule issue à la situation ainsi créée.

Étant donné la situation semi-coloniale du pays et la domination des rapports semi-féodaux, la révolution populaire a eu, en Chine, à sa première étape, le caractère d’une révolution démocratique bourgeoise de libération nationale. Les principales contradictions sur la base desquelles cette révolution est née et s’est développée étaient, d’une part, la contradiction entre le peuple chinois et l’impérialisme étranger et, d’autre part, la contradiction entre les masses populaires et le féodalisme. La révolution chinoise avait pour principaux ennemis les forces de l’impérialisme et du féodalisme qui agissaient en liaison étroite. De ce fait, la révolution était appelée à accomplir deux tâches indissolublement liées : d’une part, renverser le joug de l’impérialisme étranger et, d’autre part, renverser le joug des grands propriétaires fonciers féodaux à l’intérieur du pays. Ainsi, la révolution démocratique bourgeoise a été dès le début, en Chine, une révolution anti-impérialiste et antiféodale. Staline a dit en 1927 :

La révolution démocratique bourgeoise en Chine est à la fois une lutte contre les survivances féodales et une lutte contre l’impérialisme.

J. Staline, « La révolution en Chine et les tâches de l’Internationale communiste », Œuvres, t. 9, p. 286-287 (éd. russe).

Les principales forces motrices de la révolution populaire chinoise ont été la classe ouvrière et la paysannerie. La classe ouvrière a formé, avec la paysannerie, marchant sous sa direction, le gros de l’armée de la révolution, qui a donné au peuple chinois la victoire sur ses ennemis du dedans et de dehors. Au cours de la lutte révolutionnaire, il s’est formé un front démocratique populaire uni comprenant la classe ouvrière, la paysannerie, la petite bourgeoisie des villes, la bourgeoisie nationale, tous les éléments démocratiques du pays. La lutte révolutionnaire du peuple chinois a été dirigée par le Parti communiste qui, s’inspirant de la théorie marxiste-léniniste, applique cette théorie dans les conditions particulières de son pays et met à profit l’expérience de la révolution victorieuse en Union soviétique.

La révolution populaire chinoise présente cette particularité de s’être déroulée au moment de la crise générale du capitalisme, alors que le système mondial du capitalisme est en décadence et que le système socialiste vient prendre sa place, alors qu’il existe un camp du socialisme ayant à sa tête l’Union soviétique. Dans ces conditions, la révolution chinoise ne pouvait instaurer la dictature de la bourgeoisie et faciliter le développement du capitalisme. Elle a été une révolution démocratique bourgeoise d’un type nouveau, qui se transforme en révolution socialiste. Le Parti communiste chinois est parti du fait que, dans la situation internationale de l’époque contemporaine, la Chine évitera la voie de développement capitaliste à la suite de la révolution démocratique bourgeoise et suivra une voie non capitaliste, c’est-à-dire socialiste.

Développant la théorie de Lénine concernant le caractère des révolutions coloniales à l’époque de la crise générale du capitalisme et la transformation de la révolution démocratique bourgeoise en révolution socialiste, Mao Tsé-toung écrit :

Chaque communiste doit comprendre que l’ensemble du mouvement révolutionnaire chinois dirigé par le Parti communiste embrasse deux étapes, la révolution démocratique et la révolution socialiste ; ce sont deux processus révolutionnaires de caractère différent, et c’est seulement après avoir achevé le premier que l’on peut passer à l’accomplissement du second. La révolution démocratique est la préparation nécessaire de la révolution socialiste, et la révolution socialiste est l’aboutissement logique de la révolution démocratique. Le but final de tout communiste, et pour lequel il doit lutter de toutes ses forces, c’est l’instauration définitive d’une société socialiste et d’une société communiste.

Mao Tsé-toung, « La Révolution chinoise et le Parti communiste chinois », Œuvres choisies, tome 2, Éditions en langues étrangères, Pékin, 1967, p. 352-353.

Pendant près de trente années, les masses populaires du pays ont mené, sous la direction de la classe ouvrière et Parti communiste en tête, une lutte armée opiniâtre contre l’impérialisme étranger, contre la domination des féodaux et de la bourgeoisie compradore.

Dans cette lutte anti-impérialiste et antiféodale de longue haleine, le peuple chinois a créé de vastes bases révolutionnaires sur le territoire desquelles il a instauré le pouvoir démocratique populaire du front uni, réalisé des transformations sociales radicales et accumulé une riche expérience révolutionnaire ; il y a graduellement créé une puissante armée populaire et révolutionnaire qui a remporté la victoire en 1949. À l’étape de la révolution démocratique bourgeoise, la révolution chinoise a su réaliser avec succès le renversement, par les masses populaires dirigées par le prolétariat, de la domination de l’impérialisme étranger, du pouvoir des grands propriétaires fonciers féodaux et de la grande bourgeoisie monopoliste et compradore, elle a instauré une république de démocratie populaire, et procédé à des transformations agraires révolutionnaires. Au fur et à mesure que les objectifs de la révolution démocratique bourgeoise étaient atteints, cette dernière a évolué en révolution socialiste, elle a entrepris des transformations socialistes.

La République populaire de Chine est un État de démocratie populaire dirigé par la classe ouvrière et fondé sur l’alliance des ouvriers et des paysans. À l’étape socialiste de la révolution, le pouvoir de démocratie populaire s’est mis à remplir avec succès les fonctions de la dictature du prolétariat. Le pouvoir de démocratie populaire a développé l’édification des fondements du socialisme en même temps qu’il menait à bonne fin les tâches de la révolution démocratique. La Chine est entrée dans la période du passage au socialisme.

L’importance exceptionnelle de la Révolution chinoise consiste en ce qu’elle a ouvert la voie du développement socialiste à un immense pays à l’économie extrêmement retardataire dans laquelle prédominaient les formes semi-féodales et semi-coloniales d’économie. C’est là la principale particularité du développement économique de la République populaire de Chine par rapport aux pays européens de démocratie populaire. Dans les nouvelles conditions historiques, la possibilité s’est offerte à la Chine d’édifier avec succès le socialisme. Fort de l’aide du camp socialiste et de l’appui des masses, le pouvoir populaire a réalisé en des délais record de profondes transformations révolutionnaires dans l’économie chinoise et engagé le pays dans la voie de la construction du socialisme sans passer par le stade du capitalisme.

Date: 2010-2014