Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
Dernière modification le   
Manuel : table des matières, index — Retour au dossier marxisme

43.2. Le caractère des relations économiques entre les pays du camp socialiste.

Les pays du camp socialiste diffèrent par le niveau de leur développement technique et économique. Mais leurs rapports sont commandés par le fait décisif que tous sont engagés dans la voie de l’édification du socialisme et du communisme. Les formes socialistes occupent une place déterminante dans l’économie des pays de démocratie populaire. Par suite, les lois économiques du capitalisme, traduisant l’exploitation de l’homme par l’homme, la concurrence et l’anarchie de la production, ont cessé de jouer dans les rapports entre ces pays. Dans ce camp, les rapports entre États reposent sur les lois économiques du socialisme. La coopération économique des États du camp socialiste représente un type nouveau de relations internationales, que l’histoire ne connaissait pas encore. Au cours du renforcement et de l’extension de cette coopération, le système socialiste de l’économie mondiale se constitue et se développe.

Conformément à la loi économique fondamentale du socialisme, les relations économiques entre les pays faisant partie du nouveau marché mondial doivent servir à développer et à perfectionner sans cesse la production socialiste sur la base d’une technique supérieure en vue de satisfaire au maximum les besoins sans cesse croissants des travailleurs. Il ne saurait donc y avoir, dans le camp socialiste, ni expansion économique aux dépens de l’un des membres, ni échanges non équivalents, ni concurrence, ni exploitation, ni assujettissement des États faibles par des États plus puissants. Les rapports entre les pays de ce camp sont des rapports de coopération et d’entraide fraternelles.

La particularité essentielle du camp socialiste est que les relations économiques des pays qui en font partie obéissent à un plan. Conformément à la loi du développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale, la coopération économique des pays du camp socialiste progresse sur la base d’une coordination réciproque des plans des économies nationales. Les plans de développement de l’économie nationale, en Union soviétique et dans les pays de démocratie populaire, prennent en considération les plans de coopération économique. C’est là la grande supériorité du marché mondial des pays du camp socialiste sur le marché mondial capitaliste, en proie à des crises périodiques de surproduction.

S’appuyant sur leurs ressources propres et une entraide fraternelle, les pays du camp socialiste assurent l’essor constant de leur économie nationale et l’élévation systématique du bien-être matériel des masses laborieuses. Ce qui, à son tour, assure une base solide à l’extension ininterrompue du nouveau marché mondial, lequel ignore les difficultés d’écoulement inhérentes au marché mondial capitaliste.

Le développement harmonieux de l’économie des pays du camp socialiste permet l’utilisation la plus rationnelle des ressources dont ils disposent pour accroître au plus vite les forces productives, assurer le progrès constant de l’économie et du bien-être du peuple. Les pays du camp socialiste ont intérêt à développer au maximum les forces productives de chacun d’eux, puisque cela renforce la puissance économique du camp tout entier, Des conditions extrêmement favorables sont ainsi créées pour l’extension et le renforcement de la coopération économique entre les États faisant partie de ce camp.

Le développement et le renforcement de la coopération économique entre les pays du camp socialiste s’effectue sur la base d’une division internationale nouvelle, socialiste, du travail, qui diffère foncièrement de la division du travail telle qu’elle existe dans le système capitaliste de l’économie mondiale. Contrairement à ce qui se passe en régime capitaliste, la division du travail entre les États du camp socialiste s’opère, non au moyen de la contrainte ou de la violence, non à la suite d’une concurrence acharnée, mais sur la base de la collaboration entre États égaux en droits.

La division du travail entre les pays du camp socialiste tient compte des possibilités de chaque pays et entraîne un progrès général. Chaque pays consacre une partie de ses ressources à satisfaire les besoins des autres pays et bénéficie à son tour de leur aide amicale. La division rationnelle du travail entre les pays du camp socialiste concourt au développement harmonieux de leurs forces productives sur la base du développement prioritaire de la production des moyens de production, étant donné que chaque pays peut, selon un plan, mobiliser non seulement ses ressources propres, mais aussi utiliser celles des pays frères dans l’intérêt de l’essor général.

Par ailleurs, la division socialiste du travail permet aux différents pays, en se complétant mutuellement en tant que membres égaux en droits du système général du camp socialiste, d’accélérer les rythmes de leur développement économique grâce aux forces et aux ressources formidables ainsi épargnées et d’éviter un parallélisme inutile dans le développement de certaines branches de l’économie nationale. Chaque pays peut concentrer ses efforts et ses ressources sur le développement des branches pour lesquelles il dispose de conditions économiques et naturelles plus favorables, ainsi que des cadres et de l’expérience indispensables. Certains pays s’abstiendront de fabriquer tels ou tels produits qui peuvent leur être fournis par d’autres États. On aboutit ainsi à une spécialisation et une coopération de la production dans l’industrie, et à la division du travail la plus rationnelle dans la production des denrées alimentaires et des matières premières.

Cette spécialisation et cette coopération se réalisent par la coordination des plans de grands travaux et par la conclusion d’accords d’entraide et de collaboration bilatéraux et multilatéraux à long terme. Elles sont appelées à jouer un rôle particulièrement important dans les branches maîtresses de l’industrie lourde — les constructions mécaniques et la métallurgie — où elles ouvrent la perspective d’un abaissement considérable du prix de revient. Dans l’agriculture, l’établissement d’une division adéquate du travail crée des conditions favorables à un essor général très rapide grâce à l’élévation de la productivité du travail et à une utilisation rationnelle de la terre.

Par suite des résultats heureux de la coopération économique, les possibilités de coordonner méthodiquement le développement de l’économie nationale des pays du camp socialiste ont considérablement grandi. À l’heure actuelle, dans les pays européens de démocratie populaire comme en Union soviétique, on travaille à l’établissement des plans quinquennaux pour les années 1956-1960. Ainsi, les plans à long terme de ces pays s’étendront sur une seule et même période. Cela fera naître des conditions favorables à une coordination encore plus étroite de l’édification économique en Union soviétique et dans les pays de démocratie populaire.

Pour la première fois dans l’histoire, les rapports entre les différents pays du camp socialiste ont fait disparaître la contradiction, irréductible pour le capitalisme, entre la tendance objectivement progressiste à l’union économique des différents pays, et les méthodes impérialistes utilisées pour réaliser cette union : asservissement financier et assujettissement colonial des peuples économiquement faibles par les États capitalistes développés. Dans le camp capitaliste, les rapports économiques entre pays développés et pays retardataires reposent sur la domination, d’une part, la subordination, de l’autre, et traduisent avant tout le rapport des forces des partenaires. Les États impérialistes, qui drainent les matières premières de valeur des pays sous-développés, des colonies et des semi-colonies, s’efforcent de perpétuer le retard et l’état de dépendance de ces derniers, leur rôle d’appendices agraires et de fournisseurs de matières premières des métropoles.

Les rapports économiques, dans le camp socialiste, sont caractérisés par l’entraide sous toutes ses formes, par l’élévation des pays sous-développés au niveau des pays avancés. La division internationale socialiste du travail facilite la liquidation du retard économique et du développement unilatéral de l’économie hérités du capitalisme par les pays de démocratie populaire ; elle crée des conditions favorables à leur industrialisation, renforce leur indépendance économique et politique à l’égard du monde capitaliste, accélère leur progrès économique, élève le bien-être de la population.

Les rapports qui se sont établis entre les pays du camp socialiste sont l’incarnation des principes de l’internationalisme prolétarien, de la solidarité internationale des travailleurs. Ils sont fondés sur un appui mutuel désintéressé, sur le respect de la souveraineté politique et des intérêts nationaux de chaque pays. L’amitié fraternelle et la coopération étroite des pays du camp socialiste sont un élément très important de la puissance invincible de ce camp, la condition décisive du succès de l’édification socialiste dans ces pays.

Date: 2010-2014