Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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La naissance de l’économie politique vulgaire.

Avec le développement du capitalisme et l’aggravation de la lutte de classes, l’économie politique bourgeoise classique fait place à l’économie politique vulgaire. Marx l’appelait vulgaire parce que ses représentants substituaient à la connaissance scientifique des phénomènes économiques la description de leur apparence extérieure, en se donnant pour but de présenter le capitalisme sous un jour favorable, d’escamoter ses contradictions. Les économistes vulgaires ont rejeté tout ce qui était scientifique, et se sont emparés de tout ce qu’il y avait de non scientifique dans les vues des économistes antérieurs (notamment de A. Smith), — de tout ce qui était conditionné par l’étroitesse de classe de leur horizon.

« La question n’était plus de savoir si tel ou tel théorème était vrai, mais s’il était utile ou nuisible au capital, s’il lui causait de l’agrément ou du désagrément, s’il était contraire ou non aux règlements de police. La recherche désintéressée fit place au mercenariat ; à l’innocente investigation scientifique succédèrent la mauvaise conscience et les mauvaises intentions des apologistes. » (K. Marx, Le Capital, Livre I, p. 12.)

Dans le domaine de la théorie de la valeur, l’économie vulgaire a, à l’opposé de la définition de la valeur par le temps de travail, mis en avant une série de thèses déjà réfutées par l’école classique bourgeoise. Telles, par exemple : la théorie de l’offre et de la demande, qui ignore la valeur se trouvant à la base des prix, et substitue à l’explication de la base même des prix des marchandises la description des variations de ces prix ; la théorie des frais de production, qui explique les prix de certaines marchandises à l’aide des prix d’autres marchandises, c’est-à-dire tourne pratiquement dans un cercle vicieux ; la théorie de l’utilité qui, s’efforçant d’expliquer la valeur des marchandises par leur valeur d’usage, ignore volontairement le fait que les valeurs d’usage de marchandises hétérogènes diffèrent par la qualité et, par suite, ne sont pas comparables au point de vue de la quantité.

L’économiste vulgaire anglais T. R. Malthus (1766-1834) a prétendu que la misère des masses laborieuses, inhérente au capitalisme, était due au fait que les êtres humains se multiplient plus rapidement que ne peuvent augmenter les moyens d’existence fournis par la nature. D’après lui, la correspondance nécessaire entre le chiffre de la population et les moyens d’existence fournis par la nature, s’établit par la famine, la misère, les épidémies, les guerres. La « théorie » barbare de Malthus a été créée en vue de justifier le régime social dans lequel le parasitisme et le luxe des classes exploiteuses vont de pair avec le travail excessif et la misère grandissante des masses laborieuses.

Pour l’économiste vulgaire français J. B. Say (1767-1832), la source de la valeur est constituée par les « trois facteurs de la production » : le travail, le capital et la terre ; de là, il tire la conclusion que les possesseurs de chacun des trois facteurs reçoivent les revenus qui leur sont dus : l’ouvrier, le salaire ; le capitaliste, le profit (ou l’intérêt) ; le propriétaire terrien, la rente. La théorie des « trois facteurs », qui a été largement répandue dans l’économie politique bourgeoise, est destinée à cacher ce fait décisif que c’est seulement dans des conditions sociales déterminées que le travail se transforme en travail salarié, que les moyens de production deviennent du capital et la propriété de la terre, la source de la rente. Comme on le sait, le capital et la terre ne donnent un revenu à leur propriétaire qu’en vertu du fait que, par son travail non payé, l’ouvrier crée la plus-value, source réelle de tous les revenus ne provenant pas du travail dans la société capitaliste. En prétendant qu’en régime capitaliste il n’existerait pas de contradiction entre la production et la consommation, Say niait la possibilité de crises générales de surproduction. La théorie de Say était une grossière déformation de la vérité, dans le but de se rendre agréable aux classes exploiteuses. Des Inventions fantaisistes sur l’harmonie des intérêts de classe en régime capitaliste ont été diffusées avec le plus grand zèle par l’économiste français F. Bastiat (1801-1850) et par l’Américain H. Carey (1793-1879). Sous prétexte de défendre la « liberté du travail » bourgeoise, l’économie politique vulgaire a mené une lutte acharnée contre les syndicats, les contrats collectifs, les grèves ouvrières. À partir du deuxième quart du 19e siècle, l’économie politique vulgaire exerce une domination sans partage dans la science économique bourgeoise.

Date: 2010-2014