Bibliographie générale

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Bunge, Mario, Le matérialisme scientifique, trans. S. Ayache, P. Deleporte, É. Guinet and J. Rodriguez CarvajalParis: Éditions Syllepse, 2008. 
Added by: admin (2008-11-19 23:38:28)   Last edited by: Dominique Meeùs (2017-04-01 21:24:07)
Type de référence: Livre
Numéro d'identification (ISBN etc.): ISBN:978-2-84950-14-50
Clé BibTeX: Bunge2008a
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Catégories: Philosophie
Mots-clés: matérialisme
Créateurs: Ayache, Bunge, Deleporte, Guinet, Rodriguez Carvajal
Éditeur: Éditions Syllepse (Paris)
Consultations : 20/1774
Indice de consultation : 32%
Indice de popularité : 8%
Pièces jointes    
Résumé     
Sommaire
Avant-propos de l’auteur
Partie 1 : Ètre
Chapitre 1. La matière aujourd’hui
Chapitre 2. Le matérialisme aujourd’hui.
Partie 2 : Devenir
Chapitre 3. Modes de devenir.
Chapitre 4. Une critique de la dialectique
Partie 3 : Esprit
Chapitre 5. Une théorie matérialiste de l’esprit
Chapitre 6. L’esprit en évolution
Partie 4 : Culture
Chapitre 7. Une conception matérialiste de la culture
Chapitre 8. Le monde 3 de Popper n’est pas de ce monde
Partie 5 : Concept
Chapitre 9. Le statut des concepts
Chapitre 10. Logique, sémantique et ontologie
Appendice
Nouveaux dialogues entre Hylas et Philonous
Références bibliographiques
Lexique mathématique et logique
Bibliographie générale de Mario Bunge (1939-2008)
Index des noms
Added by: admin  Last edited by: Dominique Meeùs
Notes     
On ne peut que trouver sympathique la volonté de faire avancer le matérialisme de manière constructive, en y travaillant, en le perfectionnant. Mais il me semble qu’il faut pour ça se baser sur le progrès de la science qui est un travail collectif. En voulant à tout prix aboutir à un système par des développements indigestes de logique mathématique, Bunge met la charrue avant les bœufs. Il ferait mieux de prendre patience et d’attendre les progrès de la biologie. Ce n’est pas parce qu’on formalise de la philosophie avec de la logique mathématique qu’elle devient science. La science et la philosophie sont irréductiblement différentes et toute prétention de la philosophie de se substituer à la science est illégitime.
Added by: Dominique Meeùs  Last edited by: Dominique Meeùs
Citations   
pp.5-8, Chapitre Avant-propos   Le mot « matérialisme » est ambigu : il désigne une doctrine morale autant qu’une philosophie et, en fait, une vision générale du monde. La morale matérialiste est identique à l’hédonisme, c’est-à-dire une doctrine selon laquelle les hommes ne doivent rechercher que leur propre plaisir. Le matérialisme philosophique est la conception selon laquelle le monde réel est exclusivement composé d’objets matériels. Les deux doctrines sont logiquement indépendantes : l’hédonisme est cohérent avec l’immatérialisme, et le matérialisme est compatible avec de hautes valeurs morales. Nous nous intéresserons exclusivement au matérialisme philosophique. Et nous ne le confondrons pas avec le réalisme, c’est-à-dire une doctrine épistémologique selon laquelle la connaissance, ou au moins la connaissance scientifique, cherche à représenter la réalité.
     Le matérialisme philosophique n’est ni une marotte récente ni un bloc solide : il est aussi ancien que la philosophie et il a traversé six stades bien différents. Le premier fut le matérialisme ancien, centré autour de l’atomisme grec et indien. Le second fut la renaissance du premier au l7e siècle. Le troisième fut le matérialisme du l8e siècle, partiellement dérivé de l’héritage ambigu de Descartes. Le quatrième fut le matérialisme « scientifique » du milieu du l9e siècle, qui s’est épanoui principalement en Allemagne et en Angleterre, et fut lié au développement de la chimie et de la biologie. Le cinquième fut le matérialisme dialectique et historique, qui accompagna la consolidation de l’idéologie socialiste. Et le sixième stade, le stade actuel, développé principalement par les philosophes australiens et américains, est universitaire et non partisan mais il est par ailleurs très hétérogène (1).
     Le matérialisme ancien était parfaitement mécaniste. Ses grands noms furent Démocrite et Épicure, ainsi que Lucrèce. Le matérialisme du l7e siècle fut principalement l’œuvre de Gassendi et de Hobbes. Le matérialisme du l8e siècle, représenté par Helvetius, d’Holbach, Diderot, La Mettrie et Cabanis, présenta une grande variété. Ainsi, tandis que La Mettrie voyait les organismes comme des machines, Diderot soutenait que les organismes, bien que matériels, possédaient des propriétés émergentes. Les matérialistes « scientifiques » du l9e siècle, alors qu’ils étaient philosophiquement naïfs, avaient le mérite de lier le matérialisme à la science, sans pourtant le lier aux mathématiques. Non seulement les scientifiques Vogt, Moleschott et Czolbe en faisaient partie mais également Tyndall et Huxley, de même que Darwin, secrètement. Le matérialisme dialectique, formulé principalement par Engels et Lénine, était dynamiciste et émergentiste, et se prétendait scientifique alors qu’en même temps il était lié à une idéologie. Enfin, les matérialistes actuels ou académiques se présentent très diversement, allant des physicalistes comme Neurath, Quine et Smart aux matérialistes émergentistes comme Samuel Alexander et Roy Wood Sellars (2). Leurs rapports avec la science contemporaine sont lointains.
     La plupart des philosophes, depuis Platon, ont dédaigneusement rejeté le matérialisme philosophique comme stupide et incapable de rendre compte de la vie, de l’esprit et de leurs créations. De ce fait, le matérialisme est rarement discuté dans la littérature philosophique et dans les classes excepté quand il est associé à la dialectique. En conséquence, le matérialisme est encore dans sa première enfance quand bien même il est âgé de plusieurs milliers d’années.
     Le matérialisme philosophique a été attaqué sous plusieurs chefs d’accusation. Premièrement, parce qu’il s’oppose aux visions magiques et religieuses du monde (pour cette raison, il est souvent confondu avec le positivisme). Deuxièmement, parce que la version dialectique du matérialisme fait partie de l’idéologie marxiste et qu’elle est donc souvent considérée comme anathème (quand ce n’est pas un dogme intouchable). Troisièmement, pour avoir prétendument failli à résoudre les problèmes philosophiques majeurs, ou même pour avoir esquivé certains d’entre eux. Nous ne nous occuperons pas des deux premières critiques car elles sont idéologiques et non philosophiques.
     Au lieu de cela, nous nous attacherons à répondre à l’objection selon laquelle le matérialisme n’a pas de sens parce qu’il n’affronte pas, et encore moins ne résout, certains des problèmes clés de la philosophie. Voici certains des problèmes majeurs que le matérialisme est supposé ne pas vouloir, ou même ne pas pouvoir, résoudre :
     (i) Comment les matérialistes peuvent—ils maintenir leurs positions face à l’apparente dématérialisation du monde accomplie par la physique contemporaine, avec ses champs et ses ondes de probabilités ?
     (ii) Comment le matérialisme, qui est supposé être réductionniste, explique—t-il l’émergence de nouvelles propriétés, en particulier celles qui tiennent aux organismes et aux sociétés ?
     (iii) Comment le matérialisme explique-t-il l’esprit, qui est immatériel ?
     (iv) Comment le matérialisme rend-il compte de l’intention et de la liberté, qui transcendent si ostensiblement la loi naturelle ?
     (v) Comment les matérialistes font-ils une place aux objets culturels,tels que les œuvres d’art et les théories scientifiques, qui semblent habiter un domaine qui leur est propre et obéir à des lois extraphysiques ou peut-être même à aucune loi ?
     (vi) Comment les matérialistes proposent—ils d’expliquer l’efficacité causale des idées, en particulier les idées technologiques et politiques ?
     (vii) Puisque les concepts et les propositions n’ont pas de propriétés physiques, comment est-il possible qu’ils puissent résider dans un monde purement matériel ?
     (viii) Puisque la vérité des propositions mathématiques et scientifiques ne dépend pas du sujet connaissant ni de sa situation, comment est-il possible de l’expliquer en termes de matière ?
     (ix) Comment le matérialisme peut-il rendre compte des valeurs, qui ne sont pas des entités ou propriétés physiques, et cependant guident certaines de nos actions ?
     (x) Comment le matérialisme peut-il expliquer la morale sans endosser l’hédonisme, puisque les règles du comportement moral, particulièrement celles concernant les devoirs, sont étrangères à la loi de la nature ?
     Il faut reconnaître que la plupart des matérialistes n’ont pas proposé de réponses satisfaisantes à ces questions cruciales. Ou bien ils n’ont pas affronté certaines d’entre elles ou bien, quand ils l’ont fait, leurs réponses ont eu tendance à être simplistes, comme les thèses selon lesquelles les points de l’espace-temps sont tout aussi réels que des morceaux de matière, qu’il n’y a pas d’esprit, et que les objets mathématiques ne sont que des traces sur du papier. En particulier, il ne semble pas y avoir de théories matérialistes à part entière de l’esprit et des mathématiques, ou des valeurs et de la morale.
     Il est évident que tous les matérialistes ne sont pas vulgaires ou stupides, et nombre de philosophes matérialistes ont proposé des éclairages valables sur ces questions. Cependant, la plupart des philosophes matérialistes ne parlent que le langage ordinaire et ils sont ainsi amenés à formuler leurs conceptions de façon inexacte, en se souciant rarement de les argumenter de manière pertinente. En outre, les matérialistes ont été si occupés à se défendre contre des attaques ignorantes ou haineuses, et à contre-attaquer, qu’ils ont négligé la tâche de construire des systèmes philosophiques d’ensemble et qui plus est, des systèmes compatibles avec la logique, les mathématiques, la science et la technologie contemporaines. Il en résulte que le matérialisme est moins un domaine de recherche actif regorgeant de nouveautés qu’un ensemble de croyances, pour l’essentiel obsolètes ou non pertinentes. (Quand avez-vous entendu parler pour la dernière fois d’une innovation majeure récente en philosophie matérialiste ?)
     Alors que tout ceci est vrai, la question intéressante est de savoir si le matérialisme est désespérément daté et impuissant, ou s’il peut être revitalisé et mis à jour et, si c’est le cas, comment. C’est ce dont traite ce livre.
Il peut être vu comme une invitation à considérer le matérialisme comme un champ de recherche plutôt que comme un corps de croyances figées. Plus précisément, il s’agit de ce défi : examiner, clarifier, étendre et systématiser le matérialisme à la lumière de la logique, des mathématiques et de la science contemporaines plutôt qu’à celle de l’histoire des idées, ou de l’idéologie politique. Le matérialisme doit relever ce défi sous peine de demeurer sous-développé et donc sans intérêt et inefficace.

   (1) Pour un panorama historique et conceptuel des multiples doctrines constitutives du vaste courant matérialiste, cf.1, notamment le long chapitre 7 sur le matérialisme au 18e siècle. (NdÉ.)
   (2) Sur cet émergentisme, et sur d’autres formes plus récentes, cf. Matière première, n°2/2007 (Athané, Guinet & Silberstein 2007), avec notamment un article de Mario Bunge, « Pouvoirs et limites de la réduction ». (NdÉ.)

1. Charbonnat, Pascal, Histoire des philosophies matérialistesParis: Syllepse, 2007.


___, Histoire des philosophies matérialistesParis: Syllepse, 2007.   Added by: admin
Mots-clés:   Bunge Diderot champs onde culture proposition objet mathématique émergentisme émergence matérialisme réalisme concept
pp.17-18, Chapitre 1. la matière aujourd’hui   Le vitalisme, un rejeton de l’animisme, soutient que la vie est l’entité immatérielle qui anime les organismes et que ces derniers sont conçus de telle sorte qu’ils puissent accomplir leur rôle, qui est la préservation de leur espèce. Selon le matérialisme, en revanche, la vie est une propriété de certains objets matériels. Il est certain que le matérialisme mécaniste refuse d’admettre qu’il y ait une quelconque différence qualitative entre les organismes et les objets non vivants : il affirme que la différence est simplement une différence de complexité. Cette sorte de matérialisme est une proie facile pour le vitalisme, parce qu’une usine moderne n’est pas moins complexe qu’une cellule, et il est clair que la biologie étudie un certain nombre de propriétés et de processus inconnus de la physique et de la chimie. Aussi, le matérialisme mécaniste n’est pas une réponse au vitalisme.
     Une conception matérialiste de la vie doit reconnaître l’émergence, c’est-à-dire le fait que les systèmes possèdent des propriétés absentes de leurs composants. En particulier les biosystèmes sont capables de maintenir un milieu intérieur assez constant, les activités de leurs différentes parties sont coordonnées, ils peuvent s’autoréparer dans une certaine mesure, ils peuvent se reproduire, coopérer, entrer en compétition et évoluer. Le matérialisme émergentiste n’a pas de difficulté à reconnaître les particularités des biosystèmes. De plus, à la différence du holisme, le matérialisme émergentiste encourage la recherche d’une explication de l’émergence en termes de propriétés et de processus de niveau inférieur.   Added by: admin
Mots-clés:   animisme émergence Bunge vitalisme
Commentaire:
Les questions soulevées ici sont très importantes et très difficiles. Le terme d’émergence a été utilisé à toutes les sauces, dont certaines peu matérialistes, plutôt vitalistes. Ici, il y a un garde-fou dans la dernière phrase : l’émergentisme de Bunge se proclame réductionniste. Mais la « différence qualitative » qu’il invoque contre le matérialisme mécanique est une des notions plutôt métaphysiques de la dialectique d’Engels que par ailleurs Bunge condamne et je crains que si l’émergence de Bunge est cette « différence qualitative » que le matérialisme mécanique refuse d’admettre, elle flirte avec la métaphysique.
     Il estime qu’il ne suffit pas de parler de complexité parce qu’une usine peut être aussi complexe qu’une cellule. Faut-il parler d’émergence pour la cellule et pas pour l’usine ? Pourquoi ? Parce que la cellule est vivante ? Une maison a des portes, des fenêtres, des escaliers, des chambres que les briques n’ont pas. En quoi est-ce moins émergent qu’une cellule ?
     Weinberg1 dénonce bien les limites et les dangers du mécanisme. Mais ici chez Bunge, la critique du matérialisme mécaniste est schématique.

1. Weinberg, Steven, Dreams of a Final Theory: Search for the Ultimate Laws of NatureLondres: Hutchinson Radius, 1993.


___, Dreams of a Final Theory: Search for the Ultimate Laws of NatureLondres: Hutchinson Radius, 1993.   Added by: admin  (2009-03-15 10:01:35)
pp.19-21, Chapitre 1. La matière aujourd’hui   Le dualisme psychophysique, ou la thèse selon laquelle il y a des esprits à côté des corps, est probablement la plus ancienne philosophie de l’esprit. Elle fait partie intégrante de la plupart des religions et a été introduite en philosophie par Platon. Descartes lui a donné une nouvelle tournure en expulsant tous les esprits du corps et en offrant ce dernier à la science — tout en conservant à la théologie et à la philosophie leurs droits sur l’âme. Beaucoup de philosophes modernes, ainsi qu’un certain nombre de scientifiques dans leurs moments philosophiques, ont adopté un dualisme d’une forme ou d’une autre, certains explicitement, la plupart de manière tacite. Des écoles de pensée entières l’ont endossé, par exemple la psychanalyse qui nous parle d’entités immatérielles habitant le corps, et les anthropologues et les historiens qui nous parlent d’une superstructure spirituelle chevauchant l’infrastructure matérielle. Toutefois, le sort du dualisme psychophysique a commencé à décliner depuis à peu près trois décennies sous l’action non concertée de la philosophie et de la psychologie. Je m’explique.
     Il y a au moins trois manières de saper la doctrine de l’immatérialité de l’esprit. L’une d’elles est de montrer qu’elle est défectueuse dans ses concepts, une autre est de montrer qu’elle est en désaccord avec la science, et une troisième consiste à proposer une meilleure alternative. Abordons les deux premières maintenant, en laissant la troisième pour le chapitre 5. [Voir aussi1.]
     Le défaut conceptuel le plus criant du dualisme psychophysique, c’est son imprécision : il n’énonce pas clairement ce qu’est l’esprit parce qu’il n’offre ni une théorie ni une définition de l’esprit. Tout ce que nous donne le dualisme, ce sont des exemples d’états mentaux ou d’événements mentaux : il ne nous dit pas ce qui se trouve dans ces états ni ce qui subit ces changements — excepté bien sûr l’esprit lui-même, de telle sorte que le dualisme est circulaire. Un second défaut capital du dualisme, c’est qu’il disjoint les états et les événements mentaux des choses qui pourraient être dans de tels états ou qui pourraient être l’objet de tels changements. Cette manière de concevoir des états et des changements va à l’encontre de la nature de la science : en fait dans toute science les états sont des états d’entités matérielles et les événements sont des modifications de ces états. La psychophysiologie remplit cette condition, mais pas le dualisme psychophysique. Un troisième défaut grave du dualisme, c’est qu’il est compatible avec le créationnisme mais pas avec l’évolutionnisme : en fait, si l’esprit est immatériel, alors il est au-dessus des vicissitudes de la matière vivante, c’est-à-dire de la mutation et de la sélection naturelle. En revanche, selon le matérialisme, l’esprit évolue en même temps que le cerveau (cf chap. 6).
     Mais le pire aspect du dualisme est qu’il bloque la recherche, parce qu’il est une réponse toute faite à tous les problèmes et qu’il refuse de regarder dans le cerveau pour découvrir l’esprit. (Il renforce ainsi la séparation entre la psychologie et la neurophysiologie, et en vertu de cela il favorise la psychothérapie verbale contre la psychothérapie comportementale ou médicamenteuse.) De la même façon, le dualisme entretient la superstition, en particulier la croyance en la télépathie, la psychokinésie, la voyance, la prévision de l’avenir, et les diverses entités immatérielles de la psychanalyse (le moi, le surmoi, le ça et la libido).
     En bref, le dualisme psychophysique n’est pas une théorie scientifique ni même une théorie : c’est seulement une partie des vieilles conceptions du monde magiques et religieuses : c’est de l’idéologie, ce n’est pas de la science. Il n’est pas étonnant qu’i1 soit remplacé par l’approche matérialiste selon laquelle l’esprit est un ensemble particulier de fonctions cérébrales. Nous développerons cela au chapitre 5.

1. Bunge, Mario, The Mind-Body ProblemOxford-New York: Pergamon Press Ltd, 1980.


___, The Mind-Body ProblemOxford-New York: Pergamon Press Ltd, 1980.   Added by: admin
Mots-clés:   état mental évolution Bunge Descartes dualisme esprit esprits Platon psychanalyse superstructure
Commentaire:
Bunge est, comme trop souvent, schématique, simpliste. Il décrète que les entités de la psychanalyse sont immatérielles, mais Freud, qui était médecin, espérait certainement avoir trouvé des organes, ou au moins des fonctionnalités du cerveau et il reste plausible, au vu de la personnalité normale et de ses désordres, que quelque chose existe de telles unités fonctionnelles. De même, une psychothérapie verbale n’est idéaliste que du point de vue de l’idéalisme. Pour un matérialiste conséquent qui identifie pensées et processus neuronaux, toute parole est un accès direct au cerveau. Si ce que je viens d’écrire vous dérange, c’est la preuve qu’en vous donnant ça à lire, et parce que vous l’avez lu, je suis intervenu directement dans votre cerveau. Que certaines psychothérapies soient de la fumisterie, c’est une autre question.
     L’argument le plus fort contre l’idéalisme est celui de l’évolution. Du temps où on pensait que Dieu avait créé l’homme actuel comme espèce distincte, rien n’empêchait de penser dans la foulée qu’il lui avait donné, à lui et à aucun autre animal, une âme spirituelle. Si l’espèce humaine est le produit d’une évolution biologique à partir d’un mammifère ancestral, il est difficile de voir comment — et à quel moment — il a eu une âme. Est-ce que le père et la mère du premier homo sapiens sapiens avaient une âme ?   Added by: admin  (2009-03-15 10:02:02)
p.24, Chapitre 1. La matière aujourd’hui   La matière, c’est ce que la science étudie, et tant qu’il y a une recherche scientifique, elle est susceptible de produire de nouveaux concepts et de nouvelles théories.   Added by: admin
p.26, Chapitre 2. Le matérialisme aujourd’hui   Les événements sont des changements dans quelque entité matérielle (i.e. qu’il n’y a pas d’événement en soi).
     […]
     Seuls les objets matériels peuvent agir les uns sur les autres.
     […]
     « L’espace est un mode d’existence de la matière » peut être reformulé en : « Les relations spatiales sont des relations entre objets matériels. »
     « La vie est une forme de la matière » devrait être converti en : « Tous les organismes sont des objets matériels. »   Added by: admin
Mots-clés:   évènement forme Bunge
Commentaire:
Des deux premiers énoncés (que personnellement je trouve assez clairs), il propose aussi une variante plus formelle avec quantification logique. Quant aux deux propositions suivantes, je trouve effectivement intéressant de chercher à éliminer le terme métaphysique dangereux de forme.   Added by: admin  (2009-03-15 10:00:58)
p.28, Chapitre 2. Le matérialisme aujourd’hui   Les définitions les plus populaires du concept de matière proposées dans le passé sont inadéquates. Les entités matérielles ne peuvent pas être identifiées aux objets massifs, encore moins aux objets solides, depuis la découverte de champs sans masse, tels que les champs électromagnétiques et les champs de neutrinos. […]
     Inspirons-nous de la science contemporaine, selon laquelle les objets matériels, à la différence des objets idéaux, sont changeants […].
     Nous pouvons donc caractériser un objet matériel comme un objet qui peut être dans au moins deux états différents, de telle sorte qu’il peut passer de l’un à l’autre. […]
     On pourrait objecter que les âmes désincarnées, telles qu’elles ont été postulées par Platon et Descartes, et les fantômes que l’on dit hanter les châteaux écossais, sont changeants et cependant immatériels […]   Added by: admin
Mots-clés:   matière matérialité immatériel immatérialité fantôme changement âme
p.46, Chapitre 4. Une critique de la dialectique   Nous tenons les principes de la dialectique pour être les suivants :
[…]
D2. Tout objet est contradictoire de manière inhérente, c’est-à-dire qu'il est constitué de composants et d’aspects qui s’opposent mutuellement.
D3. Tout changement est le produit de la tension ou de la lutte des contraires, que ce soit à l’intérieur du système en question ou entre différents systèmes.
[…]   Added by: admin
Mots-clés:   Bunge changement contradiction contradictoire contraire dialectique
Commentaire:
Je me limite à sa discussion de la contradiction qui est effectivement l’essentiel de la dialectique.   Added by: admin  (2009-10-03 23:01:38)
p.51, Chapitre 4. Une critique de la dialectique   La thèse D2, selon laquelle tout objet est une unité de contraires, est couramment considérée comme constituant la thèse essentielle de la dialectique. Mais, à nouveau, la phrase n’a guère de sens, à moins que l’on ne précise le terme de « contraire ». Et, comme nous l’avons vu dans les deux dernières sections, ce n’est pas facile, et en tous cas cela n’a pas été réalisé par les philosophes dialecticiens.
     Je soumets l’idée que D2 a un sens si le contraire, ou la contradiction ontique, est conçue comme une relation entre propriétés, à savoir la relation d’action contraire ou de neutralisation […]. […] Par exemple, dans un pays surpeuplé, l’augmentation de la population et le bien-être de cette population sont réciproquement contraires parce que la première propriété fait échouer les tentatives de maintien et d’élévation du niveau de vie.
     Si le mot « contraire » est pris dans ce sens, alors on peut affirmer qu’il existe des systèmes dominés par des contradictions internes. Mais ceci est bien loin de l'affirmation selon laquelle tous les systèmes sont contradictoires. Par exemple, selon la physique contemporaine, les électrons et les photons n’ont pas de contradictions internes. Ce qui est tout aussi bien, parce que si toute chose était composée de parties réciproquement contradictoires alors chacune de ces parties serait composée de manière similaire et l’on serait face à une régression infinie.
     Maintenant, si tout ce qu’on peut dire est que certaines choses (ou certaines de leurs parties) sont contraires à d’autres sous certains aspects […], alors tout ce que nous pouvons conclure est que certains systèmes ont des composants ou des traits qui s’opposent l’un à l’autre sous certains aspects. C’est-à-dire que nous obtenons la thèse suivante d’une moindre portée :
     D2a. Certains systèmes ont des composants qui sont contraires les uns aux autres sous certains aspects.   Added by: admin
Mots-clés:   électron Bunge contradiction contradiction interne contradiction ontique contraire dialectique neutralisation photon partie
Commentaire:
« Certains… certains… » est autant une loi générale que celle qui dit qu’il y a des jours où il pleut et des jours où il ne pleut pas.   Added by: admin  (2009-10-03 23:04:23)
p.53, Chapitre 4. Une critique de la dialectique   Ce dont il est question, c’est de savoir si la compétition est universelle au point d’être à l’origine de tout changement. Et il semble également évident que tel n’est pas le cas, c’est-à-dire qu’il y a des changements qui ne sont pas le fruit d’une quelconque contradiction ontique. Par exemple, le mouvement d’une particule ou d’une onde électromagnétique dans l’espace libre n’est pas conflictuel. Pas plus que la formation d’une molécule d’hydrogène à partir de deux atomes d’hydrogène, au moins parce que ces demiers ne peuvent pas être considérés comme s’opposant l’un à l’autre, tout au contraire, on pourrait dire qu’ils coopèrent. Nous pouvons tout au plus accepter la thèse suivante, d’une moindre portée :
     D3a. Certains changements sont produits par l’opposition (sous certains aspects) de choses différentes ou de différents composants d’une seule et même chose. Mais ceci est presque trivial.   Added by: admin
Mots-clés:   Bunge dialectique universalité de la contradiction
pp.58-59, Chapitre 4. Une critique de la dialectique   En somme, la dialectique n’est pas une doctrine universelle : elle n’est pas vraie pour toutes choses, toutes les propriétés ni tous les changements. On peut lui trouver des exemples mais aussi des contre-exemples […].
     Il s’ensuit, en particulier, que la dialectique ne concerne pas tous les objets, qu’ils soient physiques ou conceptuels. Plus exactement, je soumets l’idée que la dialectique, dans la mesure où elle peut être considérée comme une ontologie d’objets physiques, ne s’applique pas aux objets conceptuels et donc n’est pas une généralisation de la logique formelle. De plus, il ne peut y avoir de théorie universelle qui tienne à la fois pour les objets physiques et pour les objets conceptuels : les objets conceptuels (concepts, propositions, théories) satisfont des lois conceptuelles qui, à la différence des lois de la nature, ont été faites par l’homme.
     On ne trouve pas d’objets conceptuels tout faits dans la nature, et on ne les fabrique pas non plus à partir des objets physiques : les objets conceptuels sont des inventions de l’activité créative de notre cerveau et ils sont caractérisés par des lois qui leur sont propres, qui ne s’appliquent pas aux objets physiques. Ainsi, une proposition ne bouge pas et ne se mouille pas ni ne rouille, de même qu’un morceau de fer ne peut pas être nié et ne peut pas impliquer logiquement un autre objet physique. Les propositions sont caractérisées par le calcul des propositions, les ensembles par la théorie des ensembles, les groupes par la théorie des groupes, et ainsi de suite, tandis que les objets concrets sont caractérisés par des lois physiques (ou biologiques, ou sociologiques). Il y a peu de choses en commun entre ces deux ensembles de lois, les lois physiques et les lois conceptuelles. Il est certain que l’on peut parler de la conjonction (par ex. la juxtaposition) de deux corps aussi bien que de deux propositions. Mais la conjonction physique n’est pas définie de la même manière que la conjonction logique. En particulier, les lois de De Morgan n’ont pas de sens pour la conjonction physique, ne serait-ce que parce que la négation d’un objet physique n’existe pas (sauf si on l’interprète comme son environnement).
     En bref, il n’est pas possible de couvrir tous les objets, physiques ou conceptuels, par une théorie unique. En particulier, la dialectique ne peut pas remplir cette tâche. Puisque la dialectique peut trouver des exemples dans certaines entités et dans des événements physiques, mais qu’elle est en désaccord avec la logique formelle, elle devrait être considérée comme une théorie ontologique (ou métaphysique, ou cosmologique). Même si sa portée est, comme nous l’avons vu, plutôt restreinte.
     Les dialecticiens ont affirmé que la logique est un cas particulier de la dialectique, à savoir une sorte d’approximation à vitesse réduite qui s’applique quand le changement est excessivement lent et donc négligeable en première approximation. Cette affirmation est fausse. En réalité, pour que l’énoncé d’une loi soit un cas particulier d’un autre énoncé, les deux énoncés doivent se rapporter aux mêmes choses. Et ce n’est pas le cas pour les lois de la logique et pour les hypothèses de l’ontologie. En revanche, les lois de l’électrodynamique classique sont des cas limites (pour un grand nombre de photons) des lois de l'électrodynamique quantique : les deux ensembles de lois sont comparables parce que tous deux concernent le rayonnement. Ce n’est pas le cas avec le calcul des prédicats, ou toute autre théorie logique, en relation avec les lois de la physique ou de l’ontologie : tandis que le premier décrit le comportement de concepts et de propositions, les secondes concernent la description de systèmes physiques.   Added by: admin
Commentaire:
Il exprime bien l’absurdité qu’il y a à prétendre énoncer des « lois générales de la nature, de la société et de la pensée ». (Sans compter que ce ne sont pas des lois et qu’elles ne peuvent être générales que dans la mesure où elles sont creuses.)   Added by: admin  (2009-01-03 23:36:53)
pp.62-63, Chapitre 4. Une critique de la dialectique   Tel est le résultat de notre étude de l’ontologie dialectique :
     (i) Les principes de la dialectique, tels qu’ils sont formulés dans la littérature existante, sont ambigus et imprécis. Il appartient à ceux qui étudient la dialectique d’élucider les notions clés impliquées et de reformuler ces principes d’une manière claire et convaincante.
     (ii) Quand ils sont formulés avec plus de soin, tous les principes de la dialectique, sauf un ou deux, perdent leur universalité : ils commencent avec « Certains » plutôt que « Tous ». Et, quand ils sont énoncés sous cette forme atténuée, certains d’entre eux deviennent si étriqués qu’ils continent à la platitude — par exemple, l’hypothèse qu’il y a des systèmes avec des composantes mutuellement contraires.
     (iii) Même quand ils sont formulés clairement et avec une portée restreinte, les principes de la dialectique ne constituent pas une base suffisante pour une théorie du changement. Ils constituent tout au plus un embryon qui pourrait être développé en une véritable théorie. D’authentiques théories modernes du changement devraient être beaucoup plus précises, plus explicites et plus complètes que cela. En outre, elles devraient être en conformité avec la science plutôt qu’en désaccord avec elle. En particulier, elles ne devraient pas être énoncées en termes archaïques tels que « la lutte des contraires » — excepté bien sûr quand d’authentiques conflits entre de véritables contraires se trouvent être en jeu.
     (iv) La dialectique n’inclut pas la logique formelle, ne serait-ce que parce que cette dernière concerne les objets conceptuels et non pas le monde réel. L'affirmation que la dialectique généralise la logique ne peut être soutenue que dans une ontologie platonique ou hégélienne, et elle est incompatible avec toute épistémologie réaliste, en particulier avec le réalisme naïf ou la théorie de la connaissance comme réflexion (au fait, je récuse cette théorie).
     […]   Added by: admin
pp.67-68, Chapitre 5. Une théorie matérialiste de l’esprit   Il y a deux ensembles principaux de solutions au problème de la nature de l’esprit : le monisme psychoneural et le dualisme psychoneural. Alors que, selon le premier, dans un certain sens, l’esprit et le cerveau ne font qu’un, selon le dualisme ce sont des entités séparées. Toutefois, il y a des différences considérables entre les composantes de chacun des deux ensembles de solutions au problème corps-esprit. Ainsi, le monisme psychoneural se compose des doctrines alternatives suivantes : le panpsychisme (« Tout est mental »), le monisme neutre (« Le physique et le mental sont autant d’aspects ou de manifestations d’une seule entité »), le matérialisme éliminativiste (« Rien n’est mental »), le matérialisme réductionniste (« L’esprit est physique ») et le matérialisme émergentiste (« L’esprit est un ensemble de fonctions ou d’activités cérébrales émergentes »). De même, le camp dualiste est divisé en cinq sectes : l’autonomisme (« Le corps et l’esprit sont indépendants l’un de l’autre »), le parallélisme (« Le corps et l’esprit sont parallèles ou synchrones l’un à l’autre »), l’épiphénoménalisme (« Le corps affecte ou est la cause de l’esprit »), l’animisme (« L’esprit affecte, cause, anime ou contrôle le corps »), et l’interactionisme (« Le corps et l’esprit interagissent »).
     Aucune de ces conceptions n’est bien claire ; aucune d’entre elles n’est à proprement parler une théorie, c’est-à-dire un système hypothético-déductif avec un énoncé clair des postulats, des définitions et des conséquences logiques qu’on en tire. Chacune de ces conceptions sur la nature de l’esprit n’a donné lieu qu’à des formulations purement verbales et plus soucieuses de soumission à l’idéologie que de la prise en compte des données et des modèles produits par les neuroscientifiques et les psychologues. En particulier, bien qu’il y ait quantité d’arguments pour et contre la prétendue théorie de l'identité, ou théorie matérialiste de l’esprit, personne ne semble avoir produit complètement une telle théorie au sens strict du terme « théorie ». Tout ce dont nous disposons, en plus d’un certain nombre de modèles psychophysiologiques portant sur quelques fonctions mentales particulières, c’est une hypothèse programmatique — à savoir que l’esprit est un ensemble de fonctions cérébrales. Il est certain que cette hypothèse a eu un pouvoir heuristique énorme en guidant la recherche en neurophysiologie des processus mentaux. Elle est pourtant insufïisante parce que les scientifiques ont besoin d’une formulation plus explicite de la thèse selon laquelle ce qui « manifeste de l’esprit », c’est le cerveau, et parce que les philosophes trouveraient plus facile d’évaluer les assertions de la « théorie » de l’identité psychoneurale si elle était formulée avec quelque précision et avec un certain nombre de détails.
     Ce chapitre essaie précisément de remplir cet objectif en ce qui concerne une théorie particulière de l’identité psychoneurale, à savoir le matérialisme émergentiste. Il s’agit de la conception selon laquelle les états mentaux et les processus mentaux, tout en étant des activités cérébrales, ne sont pas simplement physiques ou chimiques ni même cellulaires, mais sont des activités spécifiques aux assemblages complexes de neurones. Ces systèmes, qui ont évolué chez certains vertébrés supérieurs, sont fixes (Hebb 1949) ou mobiles (Craik 1966, Bindra 1976). Ce chapitre est fondé sur un autre travail, plus complet et plus formel (Bunge 1980), qui utilise lui-même des concepts clés élucidés ailleurs (Bunge 1977a, 1979), particulièrement ceux de système, de biosystème et de biofonction. Seule l’ossature de la théorie est présentée ici.   Added by: Dominique Meeùs
Mots-clés:   émergence émergentisme état mental cerveau complexité dualisme esprit idéalisme matérialisme mental monisme pensée psychisme réduction réductionnisme réseau neuronal verbalisme
Commentaire:
Suit un échafaudage de définitions, trop technique pour le rendre ici par quelques citations.
     Il présente trop schématiquement une série de conceptions de l’esprit qu’il trouve toutes mauvaises sauf la sienne, mais sans dire clairement pourquoi, sinon qu’il se veut matérialiste mais qu’il n’aime pas le réductionnisme. Mais il ne dit pas avec précision de quelle position il parle, si elle est correctement rendue par « L’esprit est physique », ce qui lui déplait dans cette expression, en quel sens elle réductionniste. Il y oppose sa conception matérialiste émergentiste, « selon laquelle les états mentaux et les processus mentaux, tout en étant des activités cérébrales, ne sont pas simplement physiques ou chimiques ni même cellulaires, mais sont des activités spécifiques aux assemblages complexes de neurones ». Oui, l’activité du neurone est autre chose que le neurone, a fortiori l’activité d'un certain réseau de neurones est autre chose que ces neurones, mais cette activité elle-même est physique. Faut-il utiliser pour ça le terme trop chargé d'émergence ?
     Il critique les débats seulement verbaux, mais mieux vaut verbal que rien. Chez Bunge, on a des définitions techniques de l’esprit mais on voudrait en connaître, même verbalement, l’intérêt et le sens.   Added by: Dominique Meeùs  (2009-10-03 22:34:16)
pp.82-83   Le rejet du dualisme psychoneural n’oblige pas à adopter le matérialisme éliminativiste (ou physicalisme). La psychobiologie suggère non seulement le monisme psychoneural — la stricte identité entre les événements mentaux et des événements cérébraux — mais aussi l’émergentisme, ou la thèse selon laquelle les activités mentales sont une propriété émergente possédée seulement par les animaux dotés d’un système nerveux plastique très complexe. Cette capacité confère à ses possesseurs des avantages tellement décisifs, et elle est reliée à tellement d’autres propriétés et d’autres lois (physiologiques, psychologiques et sociales), que l’on est fondé à affirmer que les organismes qui en sont dotés constituent un niveau en eux-mêmes : celui des psychosystèmes. Mais évidemment ceci ne signifie pas que les esprits constituent un niveau ou un « monde » en eux-mêmes, et ceci simplement parce qu’il n’y a pas d’esprits désincamés (ni même incarnés), mais seulement des corps qui pensent.
     En d’autres termes, on peut dire que le mental est émergent relativement à ce qui est physique ou chimique, sans réifier le mental, c’est-à-dire qu’on peut considérer que l’esprit n’est pas une entité composée de choses de niveau inférieur — encore moins une entité composée d’aucune espèce d’entités — mais un ensemble de fonctions (activités, processus) de certains systèmes neuraux, que les neurones individuels ne possèdent pas. Et ainsi le matérialisme émergentiste (ou systémiste), à la différence du matérialisme éliminativiste, est à nos yeux compatible avec le pluralisme général, ou l’ontologie qui proclame la diversité qualitative et la mutabilité de la réalité (Bunge 1977c).   Added by: Dominique Meeùs
Mots-clés:   réification émergence émergentisme cerveau esprit matérialisme niveau d’organisation
Commentaire:
Discours assez raisonnable, modéré, mais je persiste à penser que l’émergence, ou bien est triviale, et alors pourquoi l’asséner continuellement ? ou bien cache une forme d’idéalisme (même s’en défend en disant ne pas réifier). Le fait qu’il s’agisse d'un processus et non d’une chose n’est pas un argument. En physique et en chimie aussi, il y a tout le temps des processus et on n’éprouve pas le besoin d’invoquer l’émergence à chaque tournant.   Added by: Dominique Meeùs  (2009-10-03 21:30:56)
p.110, Chapitre 7. Une conception matérialiste de la culture   Une culture, en fait, est un système concret (matériel) enchâssé dans un système plus large — une société — et elle est composée de personnes vivantes engagées dans des activités de divers types, qui toutes mettent en jeu le néocortex du cerveau, dont certaines transcendent le niveau biologique et qui en dernière analyse sont toutes sociales, dans la mesure où elles impliquent l’ensemble de la société.   Added by: Dominique Meeùs
Mots-clés:   cerveau culture personne social société
Commentaire:
Ceci n’est pas une définition, mais une phrase en passant qui donne une idée de la culture comme liée à des personnes de chair et d’os, dans un chapitre, comme la plupart, affreusement technique.   Added by: Dominique Meeùs  (2009-10-03 22:30:16)
p.147, Chapitre 9. Le statut des concepts   L’altemative que j ’aimerais explorer ici peut être appelée le matérialisme conceptualiste et fictioniste. Les thèses distinctives de cette nouvelle philosophie du conceptuel sont les suivantes.
     (i) Les objets conceptuels ne sont ni matériels, ni idéaux à la manière platonicienne ; ils ne sont pas non plus des événements ou des processus psychiques (neurophysiologiques). Les conceptualisations ont des propriétés particulières, telles que les propriétés logiques et sémantiques, qui ne sont ni physiques ni mentales. C’est la première thèse conceptualiste.
     (ii) Les objets conceptuels existent d’une manière particulière, à savoir conceptuellement, Plus précisément, un objet conceptuel existe simplement dans le cas où il appartient à un certain contexte (ex. une théorie). De plus, il existe seulement en tant que tel (ex., les nombres entiers existent dans la théorie des nombres mais pas dans la théorie abstraite des groupes). C’est la seconde thèse conceptualiste.
     (iii) L’existence conceptuelle, loin d’être idéale (platonisme), matérielle (nominalisme) ou mentale (psychologisme), est fictive. Nous prétendons qu’il y a des ensembles, des relations, des fonctions, des structures algébriques, des espaces, etc. C’est-à-dire que, lorsqu’on invente (ou qu’on apprend ou qu’on utilise) des objets conceptuels, on leur assigne leur mode d’existence particulier : nous exigeons, nous stipulons, nous feignons de croire qu’ils existent. C’est la thèse fictioniste.
     (iv) Concevoir un objet conceptuel et lui assigner une existence conceptuelle sont les deux faces d’un même processus qui a lieu dans un cerveau. Les objets conceptuels sont pensables et leur statut ontologique est le même que celui des personnages mythiques : ils existent de la même manière que Minerve, Quetzalcoatl ou Donald Duck existent. Ils cesseront d’exister le jour où nous cesserons d’y penser ou d’imaginer qu’ils sont pensables — tout comme les dieux des religions perdues ont cessé d’exister. Cela n’entraîne pas que les objets conceptuels, qu’ils soient mathématiques, mythologiques, ou de quelque autre type, doivent être effectivement pensés par quelqu’un : pour exister conceptuellement, il est nécessaire et suffisant d’être pensable.   Added by: Dominique Meeùs
Mots-clés:   concept contexte fiction
Commentaire:
     (i) Il est intéressant de faire remarquer que les concepts ont la particularité d’avoir des propriétés sématiques et logiques, mais ça ne dit pas grand chose de leur mode d’existence.
     (ii) Wittgenstein avait déjà souligné que les mots n’ont de sens qu’en contexte.
     (iii) Fictif pourrait s’entendre comme forgé par nous, mais alors ce serait individuellement subjectif. Fictif et indépendant, cela fait assez idéaliste. C’est une solution ontologique qui se paie de mots. Ça existe, mais d’une existence fictive et tout est dit.
     (iv) Il me semble que c’est contradictoire. D’abord ce à quoi on cesse de penser cesse d’exister. Puis ça ne doit pas être pensé, mais seulement être pensable.
     Je vois mal la différence d’avec le monde trois de Popper qu’il vient de démolir de manière presque injurieuse au chapitre précédent.
     Je ne vois pas pourquoi il adopte pour les concepts cette solution fumeuse du fictionisme et pas celle assez raisonnable qu’il propose pour la culture, je veux dire abstraire en partant des personnes.   Added by: Dominique Meeùs  (2009-10-03 22:32:47)
p.148   En bref, l’existence conceptuelle que nous assignons aux objets logiques, mathématiques, mythiques et autres du même genre consiste en la possibilité d’être pensé par des êtres vivants. C’est la thèse matérialiste.   Added by: Dominique Meeùs
Commentaire:
Je ne puis qu’être d’accord que les êtres vivants qui pensent sont matériels. Par contre, je crains que la possibilité d’être pensé ne le soit pas. En fait, il veut un système où les nombres réels préexistent aux hommes et un tel système est à mon sens platonicien. Les hommes ne peuvent pas racheter a posteriori, par la possibilité qu’ils ont de les penser effectivement, le caractère idéaliste de nombres réels qui existeraient « without us » pour parler l’anglais du temps de Hobbes.   Added by: Dominique Meeùs  (2009-10-03 22:44:09)
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